La République Démocratique du Congo se prépare à encaisser un choc budgétaire d’ampleur. Avec la suspension annoncée de l’aide américaine, évaluée entre 910 millions et 1,3 milliard de dollars par an, plusieurs secteurs vitaux risquent d’être durablement fragilisés. Santé publique, campagnes de vaccination, lutte contre le VIH/SIDA, éducation et efforts de stabilisation sont directement exposés.
Delly Sesanga, président du parti ENVOL, alerte sur l’urgence d’une réorientation rapide des ressources nationales. « Face à cette situation, réduire le train de vie de l’État n’est plus une option, mais une obligation« , a-t-il déclaré le 25 avril. À ses yeux, les dépenses publiques doivent être drastiquement compressées pour soutenir les programmes essentiels laissés vacants par le retrait américain.
L’ancien député ne s’arrête pas au constat. Il appelle à une mobilisation de solidarité nationale, notamment en faveur de l’Est du pays, où l’insécurité persistante complique l’accès aux soins et aux aides humanitaires. La redistribution immédiate des ressources devient une question de survie collective.
Derrière l’urgence, Sesanga entrevoit aussi la possibilité d’un basculement historique. La RDC, souvent prisonnière d’une dépendance chronique à l’assistance internationale, pourrait transformer cette crise en levier pour reprendre en main son propre destin économique.
La stratégie proposée repose sur plusieurs axes concrets : élargir l’assiette fiscale pour renforcer les recettes intérieures, mieux canaliser les revenus miniers, dynamiser l’agriculture et les petites industries locales, et bâtir des partenariats économiques moins exposés aux aléas diplomatiques.
Selon la Banque mondiale, moins de 10 % des entreprises formelles congolaises paient régulièrement l’impôt, tandis que l’agriculture, pourtant premier employeur du pays, ne reçoit que 2 % du budget national. Cette situation expose la vulnérabilité systémique du modèle actuel.
Pour Sesanga, la sortie du « piège de l’assistanat » passera par une refonte profonde de la gouvernance et par la mise en place d’une stratégie nationale claire sur l’aide extérieure, adaptée aux priorités internes et portée par une volonté politique forte.
Sur fond d’instabilité mondiale, la RDC n’a plus le luxe de l’attentisme. Maîtriser ses ressources, redresser sa gouvernance et investir dans des secteurs porteurs deviennent les clefs pour bâtir une souveraineté économique durable.
— Peter MOYI


