Les tensions autour des carrés miniers ont refait surface après les déclarations incendiaires d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, ce 28 avril 2025. Lors d’une adresse à ses militants, il a ouvertement mis en cause Jean-Marc Kabund, ancien proche de Félix Tshisekedi passé à l’opposition, l’accusant d’avoir rompu avec le chef de l’État pour des raisons liées à la répartition des concessions minières.
À travers un parallèle saisissant, Kabuya a rapproché le cas de Kabund à celui de Corneille Nangaa, ex-président de la CENI devenu chef du mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo (AFC). « Kabund est égal à Nangaa. Nangaa est parti en rébellion à cause des carrés miniers. Kabund a eu des problèmes avec le président pour les mêmes raisons« , a lancé Kabuya, devant une foule acquise.
Ces propos relancent un débat ancien mais toujours brûlant : celui de l’opacité dans la gestion des ressources minières de la République démocratique du Congo, première productrice mondiale de cobalt et riche en cuivre, lithium et or. D’après l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE-RDC), ce secteur représentait près de 45 % des recettes publiques du pays en 2023.
Depuis plusieurs années, des rapports récurrents dénoncent l’accaparement de concessions par des figures proches du pouvoir. Le collectif Congo N’est Pas à Vendre (CNPAV) révélait dans son rapport 2023 que plusieurs permis miniers avaient été attribués sans appel d’offres, souvent à des entreprises liées à des membres de l’entourage présidentiel. Global Witness, dans une étude publiée en 2024, avait également mis en lumière des risques « élevés » de corruption dans l’attribution des droits miniers, particulièrement dans la province du Lualaba.
La bataille pour le contrôle des gisements n’épargne plus aucun camp politique. Jean-Marc Kabund accuse aujourd’hui ouvertement l’administration Tshisekedi d’avoir concentré entre quelques mains les ressources nationales censées financer le développement du pays. Quant à Corneille Nangaa, il justifie en partie sa dissidence armée par « l’accaparement des richesses au profit d’une minorité », selon ses dernières déclarations publiques.
La RDC, où 62 % de la population vivait encore sous le seuil de pauvreté en 2023 selon la Banque mondiale, continue d’exporter des ressources naturelles sans en voir les bénéfices se traduire massivement en infrastructures ou en services publics. Ce paradoxe alimente un ressentiment croissant, qui nourrit tant l’opposition politique que les revendications armées.
Face à cette défiance, plusieurs organisations exigent des réformes structurelles. L’ITIE-RDC plaide pour la publication intégrale des contrats miniers et la création d’un registre accessible aux citoyens. L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), de son côté, demande l’ouverture d’une enquête indépendante sur l’attribution des permis sous le mandat de Félix Tshisekedi, afin de restaurer la confiance.
Alors que les accusations lancées par Augustin Kabuya font écho aux critiques de plus en plus audibles dans l’opinion, l’enjeu est clair : sans transparence dans la gestion minière, la stabilité politique elle-même pourrait être fragilisée, dans un pays où les ressources naturelles ont souvent été à la fois bénédiction et malédiction.
Mitterrand MASAMUNA


