RDC en 2024 : 73,5 % sous le seuil de pauvreté, 8,4 % de croissance, mais 42 % des enfants malnutris – un paradoxe alarmant

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La République Démocratique du Congo, vaste territoire équivalent à celui de l’Europe occidentale, se distingue par ses richesses naturelles exceptionnelles. Ce pays d’Afrique subsaharienne possède des réserves en minerais stratégiques, notamment le cobalt et le cuivre, un potentiel hydroélectrique considérable, de vastes terres arables et la deuxième plus grande forêt tropicale au monde. Cependant, malgré ces atouts inestimables, la majorité des Congolais ne profite pas de cette abondance, freinée par des décennies d’instabilité, de conflits et de déplacements forcés de population. La RDC peine ainsi à transformer ses ressources naturelles en croissance économique inclusive et en développement social durable.

En 2024, la RDC figure toujours parmi les pays les plus pauvres de la planète. Un triste record qui se traduit par le fait que 73,5 % de la population subsiste avec moins de 2,15 dollars par jour, plaçant le pays dans une situation de pauvreté extrême. En Afrique subsaharienne, environ un habitant sur six vivant dans la pauvreté se trouve en RDC, malgré les ressources naturelles qui pourraient en théorie soutenir une croissance économique dynamique et inclusive. Ce paradoxe entre abondance de ressources et misère persistante s’explique par un déficit de gouvernance et un environnement économique instable, qui découragent les investissements étrangers nécessaires à une relance économique solide.

Les récentes élections de décembre 2023 ont permis au président Félix Tshisekedi de renouveler son mandat. En parallèle, Judith Sumwina Tuluka est devenue la première femme à occuper le poste de Premier ministre début 2024, incarnant une avancée symbolique pour la représentation politique féminine en RDC. Néanmoins, les défis demeurent colossaux : le pays doit renforcer sa gouvernance, stabiliser son environnement sécuritaire, et attirer des investissements pour espérer consolider sa croissance économique et créer des emplois pour sa population.

En 2023, la RDC a enregistré une croissance de son PIB de 8,4 %, un léger recul par rapport aux 8,9 % de 2022. Cette progression a été principalement soutenue par le secteur minier, qui affiche une croissance spectaculaire de 18,2 % et contribue à plus de 70 % de la hausse économique globale. Cependant, cette dépendance aux exportations minières expose l’économie congolaise à de fortes fluctuations. En parallèle, l’inflation a atteint 19,9 % en moyenne, accentuant la précarité de la population et réduisant le pouvoir d’achat des ménages congolais. La dépréciation de la monnaie nationale de 21,6 % en 2023 a en outre renchéri les importations, exacerbant les coûts des biens de consommation essentiels.

Paradoxalement, le secteur agricole, qui emploie plus de 60 % de la population active congolaise, continue de stagner. Avec une croissance limitée à 2,2 % en 2023, ce secteur reste sous-exploité, vulnérable aux aléas climatiques comme les sécheresses et les inondations, qui fragilisent la sécurité alimentaire nationale. Pour l’avenir proche, les prévisions annoncent un ralentissement de la croissance à 4,9 % en 2024, un taux qui pourrait se stabiliser autour de 4,8 % entre 2025 et 2026, en raison d’une diminution anticipée de la production minière.

Dans le domaine social, la RDC affiche un indice de capital humain de 0,37, bien en deçà de la moyenne régionale de 0,40. Ce chiffre indique que le potentiel de développement d’un enfant congolais n’atteindra que 37 % de ce qu’il pourrait être dans un environnement plus favorable. Les carences dans le système de santé, la forte mortalité infantile et les problèmes de malnutrition se traduisent par un taux alarmant de retard de croissance, touchant 42 % des enfants de moins de cinq ans. Le secteur éducatif, bien que connaissant une augmentation des inscriptions au primaire – passant de 11,9 millions en 2010 à 20,2 millions en 2021 – reste limité par un taux d’achèvement de seulement 75 %. De plus, 97 % des enfants de dix ans sont incapables de lire et de comprendre un texte simple, une pauvreté d’apprentissage préoccupante qui compromet l’avenir de la jeunesse congolaise.

Les disparités entre les sexes sont également importantes. Les jeunes filles en RDC font face à de nombreux obstacles dans l’accès à l’éducation : seules 16,8 % des filles terminent leur cycle secondaire, un taux bien inférieur à celui des garçons. En matière de santé reproductive, les chiffres révèlent des inégalités profondes : le taux de fécondité des femmes sans éducation atteint en moyenne 7,4 enfants, contre 2,9 enfants pour celles ayant achevé le secondaire. Par ailleurs, les populations autochtones, garantes d’une diversité culturelle riche, subissent des discriminations systématiques et ont peu accès aux services de base, une marginalisation qui perdure malgré leur rôle important dans la préservation des ressources naturelles.

Enfin, le système de santé congolais, affaibli par des années de crise, a été durement frappé par la pandémie de COVID-19. L’accès aux soins a été compromis, exacerbant les défis sanitaires et aggravant l’insécurité alimentaire. Les conséquences de la pandémie se traduisent aussi par une hausse des violences sexuelles et sexistes, affectant particulièrement les femmes et les enfants. En 2020, près de 23 millions d’enfants à travers le monde n’ont pas reçu de vaccins essentiels, un recul inquiétant pour la santé publique.

L’avenir de la RDC repose sur sa capacité à stabiliser son environnement politique, à promouvoir une gouvernance transparente et à encourager une redistribution plus équitable de ses ressources naturelles. Les enjeux sont multiples, mais le potentiel est immense. L’exploitation durable de ses ressources, alliée à des réformes structurelles, pourrait offrir à la population congolaise une prospérité à laquelle elle aspire depuis longtemps.

Peter MOYI

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