La faiblesse économique de la RDC ne viendrait pas d’un manque de ressources ou de plans, mais de la difficulté de l’État à exécuter durablement ses propres choix, estime l’économiste et sénateur Faustin Luanga. Une lecture qui trouve un écho récent dans le taux de décaissement de seulement 24,3 % des financements extérieurs suivis par le Gouvernement.
Pour Faustin Luanga, le paradoxe congolais tient à l’écart persistant entre les ambitions économiques affichées et les moyens institutionnels mobilisés pour les concrétiser. Invité d’un Space organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’économiste a décrit une faiblesse qui, selon lui, traverse plusieurs niveaux de l’État, depuis l’élaboration des politiques jusqu’à leur exécution administrative. Sa formule résume son diagnostic, « nous n’avons pas un problème de potentiel, nous avons un problème de discipline institutionnelle ».
Son parcours donne une dimension particulière à cette comparaison internationale. Faustin Luanga a travaillé pendant plusieurs années à l’Organisation mondiale du commerce. L’OMC le présentait notamment en 2017 comme responsable du bureau régional Asie-Pacifique au sein de son Institut de formation et de coopération technique. Il siège aujourd’hui au Sénat congolais.
Ressources naturelles, mais déficit de capacités d’exécution
Luanga part du secteur minier pour illustrer son raisonnement. La RDC dispose d’importantes ressources stratégiques, mais leur présence ne suffit pas, selon lui, à construire une économie capable de retenir davantage de valeur. Il pose notamment la question de la formation des ingénieurs nécessaires à l’exploitation, à la transformation et à l’encadrement d’une industrie minière de cette taille. Son argument ne porte donc pas uniquement sur la quantité de minerais disponible, mais sur la capacité du système éducatif et de l’administration à accompagner les priorités économiques annoncées.
Il applique la même grille à l’agriculture. Félix Tshisekedi défend depuis plusieurs années la politique dite de « revanche du sol sur le sous-sol », destinée à donner davantage de poids à l’agriculture dans la structure économique congolaise. Cette orientation figurait déjà dans les instructions présidentielles au Gouvernement en 2022 et a servi de thème au DRC Agribusiness Forum de 2023.
Pour Luanga, la question déterminante consiste toutefois à savoir si cette ambition a été accompagnée d’une montée équivalente des capacités humaines, notamment dans la formation des agronomes. Il juge les progrès insuffisants. Le Space ne fournit cependant pas d’inventaire chiffré des écoles d’agronomie créées ou du nombre supplémentaire de spécialistes formés permettant de mesurer directement cette affirmation.
Cette critique trouve un point de comparaison dans un dossier distinct examiné quelques jours plus tard par le Gouvernement. L’Inspection générale des finances a relevé que, sur un portefeuille de projets financés sur ressources extérieures dépassant 10,7 milliards USD, seulement 24,3 % des financements engagés avaient été décaissés. Plus de 8,3 milliards USD restaient encore non décaissés. Le Conseil des ministres a notamment identifié des lourdeurs procédurales, des retards dans la mobilisation des fonds de contrepartie et des problèmes de pilotage.
Cette donnée ne valide pas à elle seule l’ensemble du diagnostic de Luanga, mais elle illustre concrètement l’un des écarts qu’il décrit entre ressources disponibles et capacité à les transformer en réalisations.
De l’Asie à la RDC, Luanga insiste sur la continuité des politiques
Pour étayer son analyse, l’économiste se réfère à plusieurs trajectoires asiatiques, notamment celles du Japon, de la Corée du Sud, du Vietnam, du Laos et du Cambodge. Son point de comparaison ne repose pas sur l’idée que ces économies auraient suivi le même modèle, mais sur leur capacité à organiser des politiques de développement sur des périodes longues et à aligner formation, administration et objectifs économiques.
Il cite aussi l’Éthiopie pour montrer qu’une faible dotation initiale en ressources naturelles n’interdit pas une transformation économique ou urbaine. Ces références constituent des comparaisons proposées par Luanga et non la démonstration qu’un modèle asiatique ou éthiopien pourrait être transposé tel quel à la RDC.
Le fond de son raisonnement porte davantage sur la continuité institutionnelle. Dans une autre partie de son intervention, il estime que la RDC dispose depuis longtemps de ressources considérables mais manque de cohérence dans leur gestion. Après une carrière au contact de plusieurs administrations congolaises, il considère que sécurité, gouvernance et économie doivent être traitées comme des composantes interdépendantes d’une même capacité étatique.
Cette conception conduit Luanga à redéfinir la souveraineté par l’exécution plutôt que par la seule formulation d’objectifs. Pour lui, « la souveraineté est une capacité à exécuter ».
Pour la RDC, ce diagnostic renvoie donc à des indicateurs mesurables. Taux d’exécution des investissements publics, décaissement des financements, délais de réalisation des infrastructures, formation de compétences adaptées aux secteurs prioritaires et continuité des politiques permettent de vérifier si les ambitions annoncées deviennent effectivement des capacités économiques. C’est sur ces résultats que pourra être évaluée la discipline institutionnelle réclamée par Faustin Luanga.
— M. MASAMUNA









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