L’Initiative pour la Protection des Droits de l’Homme et la Réinsertion Sociale (IPDHOR/ASBL) appelle le président Félix Tshisekedi à élaborer en urgence une politique nationale dédiée à l’exploitation minière artisanale, articulée autour de la paix sociale et du développement local.
Cette prise de position intervient alors que des critiques croissantes émergent sur l’influence persistante de certains proches du pouvoir, y compris des membres de la famille présidentielle, dans la gestion et l’exploitation artisanale des ressources minières, notamment dans les provinces riches comme le Lualaba.
Dans un communiqué de presse dont appris connaissance ce lundi 28 avril 2025 Lepoint.CD, l’IPDHOR note que les récentes mesures gouvernementales visant l’assainissement du secteur, à travers les arrêtés ministériels n° 25/Cab/VPM/Minintersecdecac/020/2025 et n° 00147/cab.Mines/01/2025 ainsi que la lettre N/Réf: Cab.Mines/KPM/01122/01/2025, présentent des lacunes sérieuses.
Si elles ambitionnent de structurer les coopératives minières et d’encadrer le traitement des minerais artisanaux, l’organisation estime qu’elles restent largement déconnectées des réalités du terrain, et pourraient être instrumentalisées au profit de réseaux d’influence proches du pouvoir.
Parmi les principales faiblesses dénoncées figurent l’absence effective de création des Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA), les risques de déséquilibres socio-économiques aggravés par des intérêts privés, et une certaine confusion institutionnelle.
Des rapports locaux ont en effet mis en lumière l’implication directe ou indirecte de membres de la famille Tshisekedi dans l’exploitation artisanale, alimentant des tensions sur les sites miniers et renforçant l’impression d’un secteur capté par une élite au détriment des véritables mineurs artisanaux.
Face à cette situation, l’IPDHOR formule plusieurs recommandations :
À l’attention de la Première Ministre :
Élaborer une politique nationale cohérente pour l’exploitation minière artisanale, centrée sur la paix sociale, la transparence, et le développement communautaire, indépendamment de toute pression politique ou familiale ;
Créer un fonds de soutien pour formaliser les coopératives minières, à l’abri de toute mainmise d’intérêts privés.
Au Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur :
Encadrer strictement l’usage de la force publique dans les zones minières, en luttant contre son instrumentalisation par des acteurs privés ou politiques, y compris ceux liés aux cercles du pouvoir ;
Renforcer la coopération entre justice, autorités locales, coopératives minières et services de sécurité ;
Déployer une mission d’évaluation indépendante pour faire la lumière sur les abus, identifier les véritables acteurs artisanaux, et démanteler les réseaux criminels liés à l’exploitation illicite.
Au Ministre des Mines :
Signer sans délai les arrêtés ministériels instituant les ZEA, notamment dans les zones du Lualaba, théâtre de nombreux conflits ;
Mettre en place des plateformes de concertation entre tous les acteurs du secteur pour éviter les captations par des familles influentes ;
Promouvoir la digitalisation des systèmes de collecte des taxes et redevances minières pour réduire la corruption et la manipulation ;
Appliquer progressivement les mesures d’assainissement, en commençant par évincer les acteurs politiques, militaires et économiques qui exploitent illégalement le secteur.
L’IPDHOR insiste : seule une gouvernance transparente, respectueuse des droits humains et indépendante des influences politiques ou familiales permettra à la République Démocratique du Congo de tirer pleinement profit de son immense richesse artisanale, tout en assurant un développement durable et équitable pour ses communautés locales.
Mitterrand MASAMUNA


