La Banque Centrale du Congo (BCC) prévoit d’acheter de l’or directement auprès de DRC Gold Trading SA, une société 100 % publique qui regroupe la production des mines artisanales. L’objectif est de transformer une partie de cet or en réserves monétaires, alors que l’Est du pays reste marqué par l’insécurité et que les cours mondiaux de l’or restent élevés.
Selon Bloomberg, cette collaboration doit permettre à Kinshasa de capter davantage de valeur à l’intérieur du pays, au lieu de voir l’or artisanal quitter la RDC par des circuits informels, parfois illégaux, sans passer par les comptes officiels des réserves.
Un circuit public pour limiter la fraude et consolider le franc congolais
Jusqu’ici, la BCC ne disposait pas d’un programme structuré d’achat d’or sur le marché intérieur. Une grande partie de l’or extrait de façon artisanale, surtout dans l’Est, était vendue à des négociants privés. Des volumes importants sortaient ensuite du pays via des canaux non déclarés, ce qui réduisait la traçabilité, les recettes potentielles et la capacité de l’État à intégrer cette richesse dans ses outils de politique économique.
Le nouveau schéma repose sur un mécanisme simple : DRC Gold Trading SA achète et regroupe la production issue des exploitations artisanales et de petite taille, puis fournit cet or à la banque centrale, qui peut le convertir en actif de réserve. Les autorités visent plusieurs effets : soutenir le franc congolais, diversifier les actifs de réserve au-delà des seules devises, et réduire la contrebande.
L’enjeu est aussi institutionnel. Le secteur artisanal a longtemps fonctionné en marge des circuits réglementés. En orientant la production vers un acheteur public identifié, l’État cherche à formaliser une partie de la filière, avec une chaîne d’approvisionnement mieux contrôlée. Dans les provinces comme l’Ituri et le Sud-Kivu, où l’or artisanal constitue un revenu important, la question de la traçabilité se confond souvent avec celle de la sécurité.
Le contexte sécuritaire pèse clairement dans le calendrier. Dans l’Est, le groupe armé M23 contrôle des zones riches en minerais. Une partie des flux illégaux de ressources peut alimenter des financements de groupes armés actifs dans les zones de conflit. Le gouvernement met donc en avant l’idée qu’un canal public, plus surveillé, peut réduire les fuites et limiter les revenus issus de filières parallèles.
DRC Gold Trading SA occupe une place centrale dans ce dispositif. La société avait été mise en place au départ avec un partenaire des Émirats arabes unis, avant de devenir entièrement congolaise. Elle sert désormais de point de passage officiel pour l’or artisanal destiné à être acheté et stocké par la banque centrale.
Les États-Unis sont présentés comme un appui technique dans la mise en place du cadre. L’accompagnement vise notamment le respect de standards internationaux, avec un accent sur la conformité et la transparence de la chaîne d’approvisionnement, afin de décourager les flux illégaux qui ont, par le passé, profité à des réseaux armés et à des circuits de contrebande.
Pour la BCC, l’or est un actif qui joue un rôle particulier dans les réserves : il sert de valeur de protection en période d’instabilité, réduit l’exposition à certains risques de change et peut renforcer la confiance dans la solidité du bilan d’une banque centrale. Plusieurs banques centrales, dans le monde, augmentent leurs stocks d’or pour diversifier leurs réserves. En Afrique aussi, certains pays ajustent progressivement leurs portefeuilles d’actifs, à des rythmes différents.
Si le programme est appliqué de manière rigoureuse, il pourrait améliorer la lecture officielle des statistiques d’exportation d’or, renforcer la position financière de la banque centrale et envoyer un signal aux investisseurs : la RDC cherche à utiliser ses ressources minières comme un levier de politique économique, et pas seulement comme une matière première exportée sans transformation.
— M. KOSI

