L’accès aux mines ne suffit plus à sécuriser les minéraux critiques. En 2024, trois pays concentraient près de 86 % des capacités mondiales de raffinage du lithium, du cobalt, du graphite, du nickel, du cuivre et des terres rares, contre environ 82 % en 2020.
La fragilité des chaînes d’approvisionnement ne vient donc pas seulement des pays qui produisent les minerais. Elle se situe surtout après l’extraction, au moment où les minerais doivent être transformés pour entrer dans l’industrie des batteries, des véhicules électriques, des équipements électroniques ou des technologies liées à l’énergie. Cette concentration donne un poids très fort à quelques pays. La Chine traite entre 60 % et 90 % de plusieurs minéraux critiques au niveau mondial. Dans le cobalt, plus de 70 % des capacités mondiales de raffinage seraient regroupées dans une seule juridiction.
La RDC face au défi de la transformation locale
Pour les pays africains riches en ressources, cette situation pose une question directe. Vendre le minerai brut rapporte moins que transformer localement une partie de la production. La République démocratique du Congo est concernée de près, car elle reste un fournisseur central de cobalt et un acteur important du cuivre.
Mais disposer du sous-sol ne suffit pas. Pour installer des usines, il faut de l’énergie fiable, des infrastructures, un cadre stable, des financements et des débouchés commerciaux. Sans cela, les projets restent sur papier ou avancent lentement. Un autre blocage vient de l’écart entre les priorités des acteurs. Les États veulent créer des emplois et développer l’industrie. Les investisseurs cherchent des projets rentables avec des risques maîtrisés. Les entreprises regardent les coûts, la logistique, l’énergie et les marchés.
Quand ces intérêts ne se rencontrent pas, la transformation locale devient difficile. Les investissements prennent du retard et les pays producteurs continuent de capter une faible part de la valeur créée. La diversification des chaînes mondiales ne dépend donc pas seulement de nouvelles mines. Elle dépend aussi de la capacité des pays producteurs, dont la RDC, à bâtir des filières industrielles crédibles autour du raffinage, de la transformation et de la création de valeur.
Dans une réflexion publiée récemment, Kenneth D. Johnson, développeur du cadre stratégique Proportional Collaborative Sovereignty™ (PCS) et expert des chaînes de valeur des minerais critiques chez Devconia, estime que les principales fragilités des chaînes d’approvisionnement mondiales ne se situent plus au niveau de l’extraction minière, mais davantage dans les activités de transformation et de raffinage.
— M. KOSI






