La RDC veut faire de la pêche, de l’élevage et de l’aquaculture de vrais outils de développement pour les ménages. À Kinshasa, l’atelier de restitution du projet régional « PROFISHBLUE » a rappelé que ces activités peuvent créer des emplois, améliorer l’alimentation et protéger les ressources du Lac Tanganyika et d’autres bassins.
Un projet régional pour mieux gérer les ressources halieutiques
À l’ouverture des travaux, la secrétaire générale à la Pêche et Élevage, Pascaline Mbangu, a résumé la nouvelle ligne de conduite du secteur :
« Notre ambition est de faire de la pêche et de l’aquaculture des leviers de développement durable au service des populations et des générations futures. »
Le projet PROFISHBLUE est porté par le secrétariat de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et financé par la Banque africaine de développement (BAD). Il couvre seize pays d’Afrique australe, dont la RDC. Son objectif est simple à comprendre : améliorer la manière dont les États gèrent leurs pêcheries et leurs échanges commerciaux liés à « l’économie bleue », c’est-à-dire toutes les activités économiques qui dépendent directement des ressources aquatiques (pêche, transport fluvial, transformation, commerce des produits de la mer, etc.).
Pour la RDC, ce projet tombe à un moment où la pression sur les ressources halieutiques augmente. La population croît, la demande en poisson aussi, alors que les écosystèmes sont fragiles. Le gouvernement voit dans PROFISHBLUE un outil pour mieux encadrer les activités de pêche, éviter la surexploitation et donner une valeur économique durable aux ressources des lacs et rivières.
Pascaline Mbangu insiste sur plusieurs bénéfices attendus : une meilleure gestion de la biodiversité aquatique, un renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la création d’emplois tout au long de la chaîne de valeur (pêche, transport, fumage, vente, transformation) et un commerce intra-régional plus fluide entre les pays de la SADC. Elle met aussi en avant la question climatique : la pêche et l’aquaculture doivent s’adapter à la hausse des températures, aux variations des niveaux d’eau et à la modification des habitats naturels.
Dans son discours, la secrétaire générale a affirmé sa conviction que les travaux lancés à Kinshasa peuvent « donner un nouvel élan au secteur halieutique » et accompagner la vision du président Félix Tshisekedi, qui place l’exploitation durable des ressources naturelles au cœur de son agenda économique.
FAO : quand les mêmes chiffres servent à tous les pays riverains
Le Représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en RDC, Judicaël Pazou Azehoun, voit dans ce projet un tournant dans la façon de collecter et d’utiliser les données sur la pêche. Il se réjouit de l’harmonisation des chiffres entre la RDC et les autres pays riverains du Lac Tanganyika : Burundi, Tanzanie et Zambie.
Pour lui, un progrès concret se dessine :
« Pour la première fois, les États riverains peuvent analyser des tendances communes, comparer les pressions sur leurs ressources halieutiques, anticiper des risques de surexploitation et discuter des mesures en s’appuyant sur une base scientifique commune », explique-t-il.
Concrètement, cela signifie que les administrations nationales ne travaillent plus chacune avec leurs propres tableaux, méthodes et définitions. Les données sont comparables d’un pays à l’autre. Les gouvernements peuvent voir si les captures augmentent trop vite, si certaines zones sont trop sollicitées ou si certaines espèces diminuent. Cela permet de décider, par exemple, de réduire l’effort de pêche dans une zone, de revoir la taille des mailles des filets ou encore de mieux cibler les contrôles contre la pêche illicite.
Sur le terrain, la FAO observe aussi un changement dans les pratiques des services techniques. Les équipes provinciales utilisent désormais des outils numériques de collecte des données, regroupés notamment dans le système FAIMS (Fisheries and Aquaculture Information Management System) et des procédures standardisées (SOPs).
Judicaël Pazou Azehoun décrit un mouvement de fond : ces outils ne sont plus vus comme une contrainte imposée de l’extérieur. Les agents provinciaux y trouvent un moyen d’appuyer leurs décisions, de dialoguer plus facilement avec les pêcheurs et de montrer, chiffres à l’appui, pourquoi une mesure est nécessaire.
« Quand l’information cesse d’être un goulot d’étranglement, la gouvernance devient possible », souligne-t-il.
Pour la FAO, cette évolution montre que le ministère de la Pêche et de l’Élevage, à Kinshasa comme dans les provinces, veut moderniser ses systèmes de suivi, professionnaliser la surveillance et protéger un patrimoine halieutique qui nourrit des millions de Congolais.
La question de la durabilité reste centrale. La FAO considère que la survie de ce dispositif repose sur trois conditions :
- intégrer le système de collecte de données FAIMS et les procédures associées dans les outils officiels du Gouvernement ;
- utiliser régulièrement les données pour guider les décisions de gestion, analyser la situation et prévenir la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ;
- étendre progressivement cette approche à d’autres grands bassins du pays, au-delà du seul Lac Tanganyika.
Le Représentant de la FAO a réaffirmé l’engagement de son organisation à accompagner ces trois axes, aux côtés du Gouvernement congolais, de la SADC, de l’Autorité du Lac Tanganyika (ALT) et de la BAD. L’ambition est claire : faire du Lac Tanganyika un exemple de gestion durable, où la pêche nourrit les populations sans détruire la ressource.
— M. KOSI



