Porter la production d’électricité à 8 000 mégawatts en cinq ans. C’est l’objectif que s’assigne l’Agence Nationale de l’Électrification et des Services Énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER), affichant une ambition qui surclasse largement la capacité actuelle des zones rurales congolaises. Pour y parvenir, un plan d’investissement de cinq milliards de dollars est mis sur la table, dévoilé ce 17 juillet à Kinshasa par Damien Twambilangana Mukongo, Directeur Général Adjoint de l’ANSER, lors d’un échange officiel avec le gouvernement.
Derrière ces chiffres, le contraste est saisissant : à peine 30 mégawatts produits sur les 744 initialement prévus au terme du dernier quinquennat. L’écart interpelle sur la solidité des dispositifs de financement et l’efficacité des structures publiques. Les retards sont attribués à un enchevêtrement de lourdeurs administratives et à une attractivité jugée insuffisante par les investisseurs privés. Aujourd’hui, seuls 20 titres d’exploitation ont été accordés alors que l’appel d’air espéré pour les opérateurs reste à concrétiser.
La configuration financière voulue pour cette expansion s’annonce complexe. ANSER envisage de conjuguer les dotations publiques, des recettes parafiscales, le recours à la coopération bilatérale et multilatérale — Banque mondiale, BAD, AFD —, ainsi que des mécanismes hybrides de financement afin d’accroître l’effet de levier. Cette démarche vise à rassurer les bailleurs et à structurer des projets susceptibles d’attirer de nouveaux capitaux privés, dans un secteur où le taux d’électrification stagne sous la barre des 20 %, selon les données de la Banque mondiale.
Depuis 2020, 22 projets ont abouti, dont la centrale de Bonga Yassa, l’électrification de Lumumba-ville ou les extensions à Kananga et Basankusu. Ces réalisations témoignent d’une volonté de mailler le territoire, mais restent loin des attentes du marché. Le constat technique souligne le faible rendement au regard des moyens engagés, posant la question de la rentabilité des investissements et de l’optimisation des ressources. Les difficultés logistiques et la lenteur de l’instruction des dossiers minent le rythme des déploiements, alors même que les besoins énergétiques explosent, tirés par la croissance démographique et l’émergence d’activités productives en province.
La feuille de route adoptée par l’ANSER inclut désormais un accompagnement renforcé auprès des investisseurs institutionnels et une réforme des procédures d’attribution, conditions sine qua non pour sécuriser les financements et accélérer la mise en œuvre des projets. L’enjeu consiste à rendre ces opérations bancables et à assurer la viabilité financière des infrastructures, sans alourdir la dette publique.
Si le pari est tenu, la RDC pourrait voir sa carte énergétique redessinée, offrant un socle plus solide au développement industriel et à l’inclusion des zones enclavées. La réussite dépendra du pilotage, de la qualité du partenariat public-privé et de la discipline budgétaire dans la gestion des fonds mobilisés.
— Peter MOYI


