Entre janvier et fin novembre 2025, l’État congolais a collecté plus d’argent que prévu, alors que le pays reste confronté à des tensions économiques. D’après la note de conjoncture de la Banque centrale du Congo, les recettes cumulées à fin novembre ont dépassé les montants inscrits dans le plan de trésorerie, sur la base de données provisoires arrêtées au 1er décembre 2025.
Des recettes au-dessus des cibles, un déficit moins lourd que prévu
Le cœur des ressources de l’État reste la fiscalité intérieure. La Direction générale des impôts a mobilisé 15 549,0 milliards de CDF sur les onze premiers mois de l’année. Ce flux regroupe les impôts payés par les entreprises et les ménages sur leurs bénéfices, leurs revenus et certaines opérations courantes. Ce volume montre que, malgré un climat d’affaires heurté, l’assiette fiscale continue de fournir l’essentiel du financement du Trésor.
Le commerce extérieur apporte un second bloc de recettes. La Direction générale des douanes et accises a collecté 6 247,1 milliards de CDF sur les taxes à l’importation et à l’exportation ainsi que sur les produits frappés d’accises, comme les boissons, le tabac ou les carburants. Ces chiffres traduisent un niveau d’échanges encore soutenu, ce qui reste déterminant pour une économie très dépendante des importations et des exportations de matières premières.
S’y ajoutent les recettes de la parafiscalité, gérées par la DGRAD, qui atteignent 4 024,1 milliards de CDF. Elles proviennent de redevances, droits et frais administratifs payés pour différents services publics, licences ou autorisations. Sur le plan budgétaire, ce troisième pilier complète les impôts et les taxes douanières et réduit la pression sur les deux grandes régies financières.
Pris ensemble, ces trois canaux forment une base de ressources qui a dépassé les cibles du plan de trésorerie. Pour un gouvernement, un tel dépassement des objectifs de recettes crée une petite marge de manœuvre, car il permet de financer une partie des dépenses sans creuser le déficit au-delà de ce qui était anticipé.
Malgré cette performance, les comptes de l’État restent déficitaires. Les dépenses dépassent toujours les recettes. La Banque centrale souligne toutefois que le déficit constaté en cumul reste inférieur au déficit prévisionnel de 4 425,4 milliards de CDF inscrit dans le plan de trésorerie. Autrement dit, la dérive des comptes publics existe, mais elle est moins forte que ce qui avait été planifié au départ.
La BCC insiste aussi sur la nature du financement utilisé. Selon l’institution, l’écart a été entièrement couvert par des « moyens de financement sains ». Cette expression renvoie à des instruments qui ne passent pas directement par la création monétaire, ce qui limite la pression immédiate sur l’inflation et sur le taux de change. Pour une économie fragilisée par des épisodes de dépréciation du franc congolais, cette précision a un poids particulier, car elle touche à la question de la crédibilité de la politique monétaire.
La combinaison de recettes au-dessus des objectifs et d’un déficit moins élevé que prévu envoie un signal de relative discipline budgétaire. À court terme, cela aide à stabiliser les anticipations des investisseurs, des partenaires financiers et des ménages, car le risque d’un dérapage incontrôlé des comptes publics apparaît un peu plus limité.
La vraie question se situe maintenant sur la durée. Les autorités devront maintenir l’effort de mobilisation des recettes et une gestion prudente des dépenses sur les derniers mois de l’exercice, si elles veulent consolider cette trajectoire et desserrer la pression sur les finances publiques. Dans un contexte marqué par des besoins sociaux élevés, des tensions sécuritaires et des attentes fortes autour des investissements publics, l’équilibre entre discipline budgétaire et réponse aux urgences restera au cœur du débat économique.
M. KOSI


