RDC : l’Exécutif capte l’essentiel de la hausse budgétaire 2023-2025, la Primature explose à 895 milliards FC

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Le budget de l’État est passé d’environ 41 000 milliards FC en 2023 à 49 846,8 milliards FC en 2025. Cette progression n’alimente pas toutes les institutions au même rythme : la Primature bondit de 106 milliards FC à 895 milliards FC (+744,5 %), devant la Présidence (de 556 milliards FC à 864 milliards FC ; +55 %), tandis que l’Assemblée nationale (de 728 milliards FC à 778 milliards FC ; +6,9 %) et le Sénat (de 276 milliards FC à 304 milliards FC ; +10 %) évoluent à pas mesurés. Le décalage interroge la discipline de la dépense et l’équilibre des priorités publiques.

Où vont les crédits ? Un Exécutif renforcé, un contrôle parlementaire discret

La marche générale du budget 2025 privilégie le fonctionnement de l’appareil d’État à hauteur d’environ la moitié des ressources, avec un partage qui laisse peu de marges aux secteurs sociaux. Dans cet environnement, la montée en puissance de la Présidence et surtout de la Primature crée un point d’inflexion : près de 1 759 milliards FC cumulés pour ces deux centres de décision, au-delà de la simple indexation sur l’inflation.

La Présidence avance d’environ 308 milliards FC en deux exercices. Le message politique est clair : consolider les moyens de la magistrature suprême et financer des engagements présentés comme stratégiques. Le rythme dépasse la croissance du budget global et traduit une priorité assumée pour les lignes de fonctionnement et d’investissement rattachées à cette institution.

Le cas de la Primature change d’échelle. Passer de 106 milliards FC à 895 milliards FC en deux ans ne s’explique ni par des ajustements de routine ni par un simple renchérissement des coûts. Une telle poussée renvoie à des choix de structure : centralisation de programmes inter-ministériels, intégration de dispositifs auparavant gérés hors budget, coordination de projets d’investissement ou de transferts d’envergure. Sans ventilation publique détaillée, le risque est double : opacité sur la nature des dépenses et fragilité du suivi administratif.

Pendant ce temps, le Parlement valide un projet de finances qui entérine ces écarts. L’Assemblée nationale et le Sénat, dont les moyens progressent faiblement, ne parviennent pas à infléchir la trajectoire de l’Exécutif. La question de la capacité de contrôle ressurgit : comment s’assurer que l’augmentation des enveloppes exécutives se traduit par des résultats mesurables pour la population ?

Sur le plan macroéconomique, la période s’appuie sur une croissance soutenue, tirée par l’extraction. La volatilité des cours impose une gestion prudente de la trésorerie publique. Dans un cadre où la crédibilité de l’exécution budgétaire a déjà été critiquée, l’élargissement de poches de dépenses centralisées appelle des garde-fous : transparence des annexes, traçabilité des transferts, respect de la chaîne de la dépense.

Le contraste avec les besoins sociaux est net. La santé reste sous le seuil recommandé au niveau continental, alors que les attentes en rémunération des agents publics, médecins et enseignants demeurent fortes. À enveloppe constante, la seule progression de 789 milliards FC sur la Primature couvrirait une partie des écarts dénoncés par la société civile. L’arbitrage actuel favorise les centres de décision au détriment des services à la population.

Au-delà des montants, la structure compte. Plus les crédits se concentrent au sommet, plus le pays dépend de mécanismes de pilotage ad hoc et moins les ministères sectoriels disposent de marges pour exécuter des politiques prévisibles. La transparence sur la nature des dépenses (personnel, biens et services, transferts, équipement) devient alors la clé d’un débat utile : quelle part finance l’administration, quelle part finance l’investissement, quelle part finance des appuis temporaires ?

Trois chantiers émergent.

D’abord, publier une ventilation exhaustive des 895 milliards FC de la Primature, en distinguant fonctionnement, transferts et capital. Cet exercice clarifierait les finalités, limiterait les soupçons d’opacité et faciliterait l’évaluation.

Ensuite, rééquilibrer vers les secteurs à fort impact social, avec des cibles annoncées et mesurables. L’objectif ne tient pas à multiplier les promesses, mais à garantir que chaque franc engagé améliore des indicateurs concrets : accès aux soins, continuité scolaire, sécurité locale, entretien des infrastructures.

Enfin, outiller réellement le contrôle parlementaire : expertise indépendante, calendrier d’auditions, rapports publics sur l’exécution des crédits exécutifs. Le signal attendu par les partenaires et les contribuables est simple : la dépense suit une logique d’intérêt public, pas une logique de guichet.

L’expansion du budget national ouvre une fenêtre. Pour qu’elle ne se referme pas sur plus d’opacité et moins d’efficacité, il faut des règles claires, des chiffres vérifiables et une reddition de comptes régulière. La croissance des enveloppes de la Présidence et de la Primature ne deviendra soutenable que si elle se traduit par des gains visibles en services publics, en pouvoir d’achat et en sécurité économique pour les ménages. À défaut, la hausse nominale restera un trompe-l’œil : beaucoup de moyens, peu d’effets.

— M. KOSI

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