Le gouvernement congolais et le Fonds des Nations unies pour la population mettent la pression sur le calendrier du deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat, RGPH 2. Au cœur de la rencontre entre le Ministre d’État Guylain Nyembo et le Représentant résident du FNUAP en RDC, Alain Akpadji, une question domine, comment boucler le financement d’une opération qui conditionne la qualité des futures décisions économiques du pays.
Un outil statistique indispensable pour piloter les politiques publiques
Le RGPH 2 n’est pas qu’un exercice administratif. Pour un pays comme la RDC, il s’agit de la base statistique qui permet de recalculer la population réelle, de mieux localiser les ménages, de mesurer la pression démographique sur les villes et les territoires. Sans ce socle, le budget, la politique monétaire et les programmes sociaux reposent sur des estimations fragiles.
La première étape technique, la cartographie pilote, sert de laboratoire. Elle teste les méthodes de collecte, les outils numériques et la capacité des équipes à couvrir le terrain. Elle doit maintenant évoluer vers une cartographie générale, beaucoup plus lourde à financer, car elle implique la couverture de l’ensemble du territoire, y compris les zones éloignées et difficiles d’accès. Chaque erreur à ce stade se répercute ensuite dans les chiffres officiels, avec des effets sur la répartition des ressources entre provinces, la planification des écoles, des centres de santé ou des routes.
Guylain Nyembo et Alain Akpadji ont donc passé en revue les besoins techniques, renforcement des capacités des équipes nationales, logistique pour le déploiement du matériel, sécurisation des infrastructures informatiques. La fiabilité des données dépend de ces éléments, car le recensement repose de plus en plus sur des outils numériques pour la collecte et le traitement, ce qui exige des serveurs protégés, des sauvegardes régulières et des protocoles de confidentialité stricts.
Un autre point sensible concerne l’énergie. Un recensement national suppose des équipements qui fonctionnent en continu, ordinateurs, tablettes, serveurs. Dans un contexte de déficit d’électricité, il faut prévoir des solutions de secours, groupes électrogènes ou systèmes hybrides, pour éviter les interruptions et les pertes de données. Ce volet pèse sur le budget, mais il conditionne la crédibilité statistique finale.
Sur le plan financier, la table ronde des bailleurs en préparation devient le moment clé. L’État congolais peut engager une partie des ressources, mais l’ampleur du chantier appelle un appui massif des partenaires techniques et financiers. La rencontre doit permettre de présenter un plan détaillé, avec un calendrier, des besoins par composante, cartographie, collecte de terrain, traitement des données, diffusion publique. Plus ce plan sera précis, plus il sera simple pour les bailleurs d’aligner leurs contributions et de suivre l’exécution.
Le RGPH 2 a aussi une dimension sociale forte. Les données démographiques sont nécessaires pour mesurer l’accès à la planification familiale, suivre les violences basées sur le genre, documenter les mutilations génitales féminines. Ces informations nourrissent ensuite les programmes soutenus par le FNUAP et d’autres agences, ce qui renforce l’argument en faveur d’un financement coordonné, le même outil statistique sert à la fois aux autorités nationales, aux institutions financières internationales et aux agences onusiennes.
Pour Alain Akpadji, la ligne est claire, la table ronde des bailleurs doit permettre de rassembler les moyens financiers nécessaires et d’assurer la réussite du RGPH 2. Tant que ce recensement n’est pas mené à terme, la RDC avance avec des chiffres incomplets pour calibrer sa politique économique, sa politique sociale et même ses discussions avec ses partenaires extérieurs.
M. KOSI



