Derrière les rideaux des plateaux télévisés, une ligne de fond se dessine : produire, transformer, et créer localement. À travers son passage à la RTNC, le ministre congolais de l’Industrie et des PME, Louis Kabamba, n’a pas simplement livré un bilan. Il a dévoilé une stratégie offensive, articulée autour d’un triptyque assumé : industrialisation, entrepreneuriat, et dématérialisation.
Les chiffres parlent. À Kolwezi, la zone de Mussompo en partenariat avec la Chine vise à employer 40 000 personnes dans l’écosystème des batteries électriques. Dans la capitale, un chantier industriel sino-congolais injecte près de 200 millions USD dans la future Cité de Chine. À Kisangani, le textile renaît avec 12 millions USD investis pour relancer la SOTEXKI, impliquant 55 000 producteurs de coton. Les projets se superposent, dessinant une trame où l’État ne se contente plus de discours, mais investit.
Kabamba assume un portefeuille hybride. À la fois ministre de l’Industrie et responsable des petites et moyennes entreprises. Deux casquettes, un même objectif : replacer la RDC dans la chaîne de valeur mondiale. La déclaration est claire : "Nous devons transformer ici, sur place. Exporter brut, c’est exporter la pauvreté."
Cette vision repose aussi sur l’architecture d’un écosystème entrepreneurial. Quatre piliers structurent l’approche gouvernementale. ANADEC forme et accompagne. FJEC garantit les prêts bancaires avec un taux d’intérêt plafonné entre 4 et 6 %. ARSP supervise l’accès aux marchés de sous-traitance. Et APROCM évalue la progression des entrepreneurs vers la classe moyenne. Ce quadrillage reçoit déjà plus de 7 millions USD d’appui direct. Un soutien renforcé par des projets comme Vijana (jeunesse, 18-35 ans, 2,5 millions USD de dotation) et Okapi (équipements 3D pour 40 universités).
Sur le plan fiscal, plusieurs décrets ont été adoptés. Ils instaurent un environnement plus favorable aux porteurs de projets : exonérations douanières, congé d’un an pour se consacrer à la création d’entreprise, simplifications des démarches. Ce qui était hier un parcours d’obstacles devient aujourd’hui une rampe de lancement.
Le numérique joue aussi sa carte. E-KAZI, nouvelle plateforme gratuite soutenue par intelligence artificielle, offre une assistance 100 % en ligne pour créer une société. Le portail centralise démarches, conseils juridiques et suivi administratif. Cette initiative vise à contourner les lenteurs connues du guichet unique, souvent perçu comme opaque et inaccessible.
Sur le terrain, les effets commencent à se faire sentir. Grâce à la réforme de la sous-traitance, plus de 800 entreprises congolaises ont décroché 1 400 marchés, pour une valeur totale dépassant 2 milliards USD. Le secteur privé national y trouve une respiration, longtemps étouffée par la domination des multinationales.
Une autre filière émerge : le recyclage. Kabamba évoque un partenariat en gestation avec Pepsi pour collecter et réutiliser les bouteilles plastiques. L’enjeu est double : créer une nouvelle chaîne entrepreneuriale verte et réduire la pollution urbaine.
En creux, une philosophie se dessine : faire émerger une économie dominée par les Congolais eux-mêmes. Pas à travers des slogans, mais par des mécanismes concrets, calibrés, et adaptés à la réalité du terrain. Ce n’est pas une rupture brutale, mais une bascule progressive vers ce que certains appellent un capitalisme national assumé.
Kabamba conclut par une formule sobre : "Nous avons les ressources, les talents, les idées. Ce qui nous manque encore, c’est la confiance de croire que tout cela peut réussir ici."
L’avenir dira si cette architecture tiendra face aux défis de gouvernance, de financements privés et de stabilité. Mais une chose est certaine : un virage est amorcé. Cette fois, sans bruit de klaxon.
— M. KOSI.


