La République démocratique du Congo a reçu 195 millions de dollars en indemnités versées par l’Ouganda, une somme censée compenser les préjudices liés aux activités illicites sur son territoire. Pourtant, une part substantielle de ces fonds a été détournée, révélant un système de gestion opaque et défaillant. L’ancien inspecteur général des finances, Jules Alingete, figure centrale de cette affaire, a validé une répartition des montants en violation flagrante du cadre légal.
Par une lettre datée du 2 octobre 2024, Alingete a approuvé une clé de répartition qui attribue 5 % des versements au cabinet du ministère de la Justice et, sur le reste, 18,5 % au gouvernement, sans que ces derniers ne transitent par le Trésor public, contournant ainsi les mécanismes classiques de transparence budgétaire. Cette dernière part représente environ 32 millions de dollars sur les trois paiements effectués par l’Ouganda. Ces sommes, détournées vers un compte bancaire non officiel, ont été gérées successivement par deux ministres de la Justice, Rose Mutombo puis Constant Mutamba, sans contrôle du ministère des Finances, ce qui constitue une infraction manifeste aux règles en vigueur.
Le marché incriminé, d’un montant affiché de 39 millions de dollars mais signé pour 29 millions, a été attribué sans appel d’offres à Zion Construction, une société récemment créée, dotée d’un capital minime de 5 000 dollars, sans personnel ni infrastructure réelle. Son siège social, indiqué dans un immeuble de la Gombe, n’est en réalité qu’une adresse louée à une société chinoise déjà liée à des contrats publics. Willy Musheni, proche de Jules Alingete, est l’actionnaire majoritaire de cette entité, ce qui soulève des interrogations sur la relation entre les responsables publics et les bénéficiaires des fonds.

La Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF) a bloqué les versements vers ce compte, provoquant une réaction du ministère de la Justice qui a fait appel à l’Inspection générale des finances pour « superviser » un marché marqué par de nombreuses irrégularités. Cette intervention souligne les failles du système de contrôle et la perméabilité entre institutions chargées de la surveillance et acteurs directement impliqués dans les opérations contestées.
L’affaire, portée devant la justice, interroge la capacité des autorités à faire respecter les règles budgétaires et à protéger les ressources publiques, notamment celles issues de réparations internationales. Elle met en lumière un mécanisme complexe où les fonds publics peuvent être redirigés vers des structures opaques, au détriment des bénéficiaires légitimes. Plus largement, ce cas soulève la question de la gouvernance financière en RDC, pays où les défis liés à la gestion des ressources publiques restent élevés malgré les progrès institutionnels.
Les prochains développements judiciaires seront scrutés pour mesurer la fermeté de l’État face à ce type d’abus, et pour évaluer si les mécanismes de contrôle mis en place peuvent véritablement garantir l’intégrité de la gestion des fonds publics, surtout ceux liés à des réparations. Ces enjeux sont déterminants pour restaurer la confiance dans les institutions et assurer une redistribution équitable des ressources à destination des populations affectées.
— Peter MOYI


