La dette mondiale a atteint un niveau record, dépassant désormais de 25 % les chiffres observés avant la pandémie de Covid-19, selon un récent rapport de la Banque mondiale relayé par la Banque centrale du Congo (BCC). Cette hausse spectaculaire suscite une inquiétude grandissante dans les milieux financiers internationaux, particulièrement en raison de la montée des taux d’intérêt décidée par les banques centrales pour contrer l’inflation persistante.
Cette combinaison explosive d’endettement accru et de coûts de financement élevés affecte durement les économies en développement, dont la dette augmente en moyenne de six points de PIB chaque année depuis 2009. Aujourd’hui, ces pays consacrent près de 20 % de leurs recettes publiques au remboursement de leur dette, contre moins de 9 % il y a quinze ans. Cette évolution alarmante implique mécaniquement une réduction des dépenses publiques essentielles, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures. Une telle contrainte budgétaire pourrait affecter durablement la croissance économique à moyen et long terme.
Sur fond de ralentissement économique global, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit désormais une croissance mondiale limitée à 2,2 % pour 2025, bien en dessous des niveaux d’avant la crise sanitaire qui dépassaient régulièrement les 3 %. Ce ralentissement s’explique en grande partie par la montée des barrières douanières et la baisse des investissements privés, liés à une incertitude économique et politique généralisée.
Face à cette situation, la Banque centrale du Congo plaide clairement pour une réduction volontaire et structurée de la dette, accompagnée d’une amélioration des critères d’évaluation de la soutenabilité des dettes au niveau international. La BCC recommande également un recours modéré à la dette intérieure, qui pourrait autrement freiner l’investissement privé national en captant une trop grande partie des liquidités disponibles.
La République démocratique du Congo affiche actuellement une certaine stabilité économique interne, mais reste confrontée à des défis similaires. Au début du mois de juillet, l’inflation hebdomadaire s’établissait à 0,14 %, tandis que la monnaie nationale, le franc congolais, a connu une légère dépréciation de 0,18 % face au dollar américain sur le marché officiel. Les réserves de change, solides, s’élèvent à 7,116 milliards de dollars, couvrant environ 2,7 mois d’importations, un indicateur clé pour la stabilité financière du pays.
En termes de croissance économique, la RDC devrait enregistrer un PIB réel en hausse de 5,3 % en 2025, après 6,5 % attendus en 2024. Cette dynamique demeure portée principalement par le secteur minier, en croissance anticipée de 8,2 %, profitant d’une conjoncture favorable sur les marchés internationaux des minerais. Hors secteur minier, la croissance économique reste modérée à 3,6 %, stable par rapport aux années précédentes.
Cependant, le financement des dépenses publiques congolaises reste largement tributaire de l’emprunt domestique. Au premier semestre 2025, l’État congolais a levé sur le marché intérieur 1,13 milliard USD et environ 287 milliards CDF en émettant des bons du Trésor. Le montant total de l’encours de ces titres atteint désormais 5 521,6 milliards CDF, illustrant une dépendance marquée à ce mode de financement. Cette opération récente a d’ailleurs été sursouscrite à hauteur de 185 %, révélant à la fois une forte demande mais aussi des taux d’intérêt élevés, à 9,22 % en moyenne, signe des tensions monétaires actuelles.
La Banque centrale congolaise insiste donc sur l’urgence d’une stratégie d’endettement plus prudente et préconise de faciliter davantage le commerce et les investissements privés par des réformes réglementaires appropriées. L’objectif est clair : assurer la croissance sans compromettre la stabilité financière du pays par un endettement trop lourd.
— M. MASAMUNA


