195 millions USD gérés par FRIVAO menacés par des pratiques financières critiquées par Filimbi

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Le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) est pointé du doigt pour sa gestion financière opaque, selon un rapport rendu public le 26 juin à Kisangani par le mouvement citoyen Filimbi. Ce document met en lumière une opération controversée : l’attribution directe d’un contrat d’un million de dollars à une société privée, DIVO INTERNATIONAL SARLU, pour la production d’un documentaire sur la guerre dite des six jours, survenue entre 1998 et 2000 à Kisangani.

Initialement évalué à 700 000 dollars, le contrat a finalement dépassé le million, avec deux versements successifs de 500 000 dollars effectués par FRIVAO, sans transparence ni contrôle apparent. Le délai de livraison, prévu pour deux mois, a été largement dépassé, puisque le documentaire n’a été présenté qu’après six mois, et uniquement dans la capitale congolaise, suite aux pressions exercées par Filimbi. L’absence d’audit préalable ou d’appel d’offres public soulève des questions sérieuses sur le respect des normes de gestion publique.

FRIVAO administre un fonds exceptionnel de 195 millions de dollars, versés par l’Ouganda sur un total de 325 millions fixé par la Cour internationale de justice en 2022. Ce fonds est destiné à réparer les préjudices subis durant le conflit armé qui a ravagé la région de Kisangani. La somme engagée est importante et requiert une rigueur à la hauteur des enjeux, d’autant que l’utilisation de ces ressources a un impact direct sur la restauration sociale et économique des populations affectées.

Les révélations de Filimbi s’inscrivent dans un contexte déjà tendu. Le mouvement Lutte pour le changement (LUCHA) avait auparavant dénoncé des pratiques similaires au sein de FRIVAO et du Fonds national pour la réparation des victimes (FONAREV), évoquant un système de détournement d’argent public orchestré par des élites. À l’Assemblée nationale, en mai, le député Flory Mapamboli avait formellement interrogé le coordonnateur du fonds sur une gestion qu’il qualifiait de « peu orthodoxe », sans obtenir de réponses satisfaisantes.

Ces dysfonctionnements fragilisent la crédibilité de FRIVAO, qui doit gérer des montants conséquents dans un cadre où la transparence et la bonne gouvernance sont impératives. L’absence de procédures claires dans la passation des marchés, conjuguée à des décaissements non contrôlés, compromet la capacité du fonds à remplir sa mission fondamentale : indemniser les victimes de manière juste et efficace.

La situation souligne aussi une dimension politique et institutionnelle. La confiance des citoyens et des bailleurs de fonds repose sur une administration irréprochable des fonds publics. Sans réformes profondes, FRIVAO risque de perdre son rôle au profit d’autres structures, mieux outillées pour garantir l’intégrité des opérations.

Le rapport de Filimbi réclame un audit indépendant et public, condition sine qua non pour identifier les responsables de ces manquements et prévenir toute répétition. Au-delà de la simple gestion comptable, c’est la mémoire collective et la réparation effective qui sont en jeu, avec un enjeu moral fort : ne pas dénaturer le vécu des victimes par des pratiques opaques.

— Peter MOYI

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