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32 MW pour le Kasaï Central : l’État congolais mise sur l’autofinancement du barrage Katende

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Les travaux du barrage hydroélectrique de Katende reprennent. Financés entièrement par le gouvernement congolais, ils marquent une inflexion importante dans la stratégie énergétique du pays. Une décision politique assumée qui vise à réduire la dépendance aux financements extérieurs et à accélérer la fourniture d’électricité dans le centre de la République démocratique du Congo.

C’est depuis Kinshasa que le ministre des Ressources hydrauliques, Teddy Lwamba, a annoncé le lancement de cette nouvelle phase. Le projet sera piloté par deux entreprises : Angélique International Limited, en charge de la construction du barrage, et Mining Engineering Services (MES), responsable de l’approvisionnement énergétique vers les zones bénéficiaires. L’ensemble du processus a été soumis aux règles locales de passation de marchés, selon le ministre.

Le chantier s’étalera sur quatre années. D’ici 2027, les deux premières turbines de 16 MW chacune devraient entrer en activité, permettant d’atteindre une capacité initiale de 32 mégawatts. La ligne de transport de l’électricité vers Kananga est également incluse dans le programme, avec une échéance fixée à 48 mois.

Au-delà de l’infrastructure, ce projet est présenté comme un catalyseur de développement local. Le Grand Katende, à cheval entre plusieurs provinces du centre du pays, fait partie des zones encore largement sous-desservies en électricité. Selon des données de la Banque mondiale (2023), moins de 10 % des habitants du Kasaï Central ont accès à une source stable d’énergie électrique. L’ambition est donc double : résorber le déficit énergétique et relancer les activités économiques locales.

Teddy - katende

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, s’est engagé à garantir la disponibilité des fonds nécessaires à chaque étape du projet. Il a également annoncé un arrêté ministériel en cours de rédaction, destiné à encadrer juridiquement l’initiative et à assurer une meilleure lisibilité budgétaire.

Sur le terrain, une cérémonie officielle est prévue dans les prochains jours à Tshikapa ou Kananga, en présence des élus et notables locaux. Objectif : gagner l’adhésion des communautés, après une décennie de promesses non tenues et de chantiers interrompus. Pour mémoire, les travaux avaient été suspendus en 2016, laissant sur place un site à l’abandon et des équipements détériorés.

Le redémarrage de Katende s’inscrit dans une logique de recentrage stratégique sur les ressources nationales. L’abandon des bailleurs traditionnels, souvent associés à des retards ou à des conditionnalités complexes, ouvre la voie à une gestion plus autonome des projets structurants. Selon un rapport publié par l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), la RDC dispose d’une marge de manœuvre budgétaire accrue depuis 2022, avec des recettes internes en hausse de 18 %, en particulier grâce à la fiscalité minière et douanière.

Encore faut-il que cette dynamique ne soit pas entravée par des problèmes de gouvernance, qui ont souvent plombé les projets d’infrastructures par le passé. Dans un rapport publié début 2024, le Fonds monétaire international recommandait une amélioration du suivi budgétaire et de l’exécution des dépenses publiques, afin de renforcer la crédibilité de l’État dans ses engagements de développement.

Reste à voir si le barrage de Katende, cette fois-ci, verra enfin le jour dans les délais annoncés. Pour les habitants du Kasaï Central, les promesses ne manquent pas. C’est leur concrétisation qui tarde.

M. KOSI

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