La République démocratique du Congo a choisi d’imposer un nouveau tempo sur le marché mondial du cobalt. Depuis Singapour, à l’occasion du Congrès international du Cobalt 2025, le ministre des Mines Kizito Pakabomba a clairement exprimé la volonté du pays : sortir du rôle de simple pourvoyeur de matières premières. Sa déclaration, en présence d’une délégation officielle congolaise, a coïncidé avec la présentation du rapport annuel du Cobalt Institute, soulignant que la demande mondiale en cobalt avait dépassé les 185 000 tonnes en 2024, soit une progression de 6,8 % en un an.
Au centre des discussions, la décision de la RDC de suspendre temporairement ses exportations de cobalt. Une mesure à portée directe sur les marchés. Cette suspension ne se résume pas à une pause administrative : elle constitue une action calculée pour contraindre les acheteurs à réévaluer les conditions actuelles d’accès à cette ressource stratégique. Kinshasa entend faire entendre sa voix, dans un contexte où les batteries électriques, les technologies vertes et l’industrie automobile dépendent fortement du cobalt extrait en Afrique centrale.
Le ministre a rappelé que la RDC, qui assure plus de 70 % de la production mondiale, ne peut plus se contenter d’un rôle passif. Le cobalt ne sera plus expédié comme matière brute à bas prix pendant que les centres industriels d’Asie et d’Europe génèrent des marges considérables en le transformant. La valeur ajoutée doit désormais se construire au pays, avec des chaînes locales de transformation, une politique industrielle plus claire et des retombées économiques mieux partagées.

En accompagnement de cette démarche, le Cadastre Minier (CAMI), pilier administratif de la gestion des titres miniers, joue une fonction essentielle dans la maîtrise du secteur. Sa présence à Singapour n’est pas symbolique. Elle marque une volonté de coordination, de transparence et de mise en cohérence des actions entre les institutions congolaises et les partenaires internationaux.
Dans la foulée, l’Autorité de Régulation et de Contrôle des Marchés des Substances Minérales Stratégiques (ARECOMS) a engagé un processus de concertation avec les compagnies minières actives en RDC. Objectif : poser les bases d’un nouveau cadre d’exploitation. Ces discussions, attendues dans les semaines à venir, visent à revoir les équilibres contractuels qui encadrent l’accès et la commercialisation du cobalt, afin de garantir une meilleure redistribution des richesses générées.
Cette posture stratégique survient dans un climat de compétition internationale sur les métaux critiques. La Chine, l’Union européenne et les États-Unis multiplient les initiatives pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. En réponse, la RDC renforce son positionnement. Les premiers effets de cette stratégie se sont déjà fait sentir sur les plateformes de cotation où les prix ont légèrement rebondi depuis l’annonce de la suspension.
Le pays ne souhaite plus être convoqué à la table des négociations. Il veut y siéger. Par cette déclaration forte, la RDC affirme que le cobalt ne circulera plus librement sans garanties d’un juste retour pour les populations. Et que l’avenir de cette ressource passera aussi par des règles définies à Kinshasa.
— M. KOSI


