Abidjan, mardi 13 mai. Devant les leaders économiques rassemblés à l’Africa CEO Forum 2025, le directeur général de Rawbank, Mustafa Rawji, a tracé une ligne claire : sans un partenariat solide entre gouvernements et entreprises, l’Afrique restera à la traîne dans la reconfiguration industrielle mondiale. La République démocratique du Congo, riche en ressources mais encore fragile dans ses structures économiques, représente un terrain décisif.
Au cœur du panel consacré aux leviers de transformation portés par les entreprises africaines, Mustafa Rawji a plaidé pour une refondation du partenariat entre secteur public et privé. Une refondation fondée sur trois piliers : co-construction, confiance et engagement commun dans la durée. Aux côtés d’acteurs globaux tels que Danone, McKinsey & Company ou encore Arise Group, il a souligné la nécessité de renforcer la place des entreprises africaines dans l’architecture économique du continent.
Dans un monde où les flux sont de plus en plus instables, il ne suffit plus de miser sur les matières premières. Le défi est ailleurs : structurer des chaînes de valeur locales, développer des industries transformatrices, et surtout, renforcer l’ancrage économique du continent dans les échanges mondiaux. La souveraineté passe aussi par l’économie, a rappelé Rawji, et celle-ci ne peut se construire que si les entreprises disposent d’un cadre d’investissement stable, clair et ouvert à la collaboration.
Rawbank, première banque commerciale de la RDC, ne se limite pas aux discours. En 2024, elle a mobilisé 400 millions de dollars pour soutenir la chaîne de valeur minière congolaise. Un montant significatif destiné à financer les entreprises locales engagées dans l’extraction, le traitement et la transformation des ressources naturelles du pays. En parallèle, la banque a déployé de nouveaux crédits orientés vers l’industrialisation nationale, avec des objectifs clairs : relocaliser certaines productions, moderniser les infrastructures et sécuriser les circuits logistiques internes.
Sur le volet technologique, la banque mise sur l’inclusion financière digitale. Sa plateforme IllicoCash, déjà utilisée par des milliers de clients en RDC, permet désormais d’effectuer des paiements transfrontaliers via un réseau connecté à des partenaires internationaux. L’idée est simple : faciliter les échanges économiques, réduire les coûts de transaction et accélérer l’intégration régionale.
L’intervention de Rawji à Abidjan sonne donc comme un rappel, mais aussi un avertissement : le secteur privé ne peut rester spectateur. Il doit devenir un moteur de l’autonomisation du continent. Cela passe par une implication directe dans les politiques publiques de développement, mais aussi par une responsabilisation accrue en matière de gouvernance, d’impact social et de transition écologique.
La RDC, malgré ses défis, offre un terrain fertile pour cette nouvelle alliance. Le secteur bancaire y joue un rôle pivot. Rawbank entend le jouer pleinement, avec l’ambition de devenir l’un des piliers d’un développement africain durable, inclusif et ancré dans les réalités locales.
— Peter MOYI


