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Énergie en RDC : l’État mise sur un triptyque de 16-32-16 MW pour autonomiser le Grand Kasaï

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La relance de la centrale hydroélectrique de Katende entre dans sa phase active. Après près d’une décennie d’abandon, le projet reprend vie grâce à un partenariat entre l’État congolais et deux entreprises privées : Angelique International Limited (AIL) et Mining Engineering Services (MES). Située dans le Kasaï Central, cette infrastructure stratégique est appelée à produire 64 mégawatts, un souffle nouveau pour des milliers de foyers et pour le tissu économique du Grand Kasaï.

La présentation officielle du nouveau périmètre d’exécution s’est tenue à Kinshasa, au Centre Financier, en présence des membres du gouvernement, de parlementaires issus des cinq provinces kasaïennes, de bailleurs de fonds et d’ingénieurs de haut niveau. Ce redémarrage concrétise l’un des engagements de l’actuel exécutif congolais : réduire les inégalités régionales en renforçant l’accès à l’électricité dans les provinces enclavées.

Trois phases structurent le projet. La première vise à rétablir 16 mégawatts pour desservir les villes de Kananga et Bukonde. Dans un second temps, 32 mégawatts supplémentaires seront injectés, élargissant le réseau au Kasaï Oriental et à Tshimbulu. La dernière phase permettra de compléter la capacité avec 16 mégawatts additionnels, ouvrant la voie à une certaine autonomie énergétique dans la région, voire à une redistribution vers d’autres pôles économiques.

Longtemps perçue comme un éléphant blanc, la centrale de Katende redevient un symbole d’espérance. L’arrêt prolongé de ce projet, entamé dans les années 2010, avait nourri frustrations et désillusions, notamment dans une zone qui concentre plus de 25 millions d’habitants et un faible taux d’électrification, inférieur à 10 %. Son redémarrage résonne comme une réparation morale autant qu’une promesse de transformation.

L’approche retenue repose sur un schéma de gouvernance multisectoriel. Un comité interministériel supervisera les orientations stratégiques, tandis que la Cellule d’Exécution des Financements en faveur des États Fragiles (CFEF) prendra en charge les opérations fiduciaires. Le suivi technique sera assuré par le Groupement du chantier Katende (GCK), avec l’appui d’un collège d’experts mobilisés pour garantir qualité, transparence et efficacité.

Des travaux préliminaires ont été engagés : remise à niveau des voies d’accès, sécurisation du site, inventaire du matériel entreposé. Le financement initial provient du Trésor public, avant le décaissement programmé des partenaires privés. L’objectif est clair : éviter les lenteurs bureaucratiques qui avaient paralysé les précédentes tentatives de relance.

À l’heure où les tensions sécuritaires persistent à l’Est, le gouvernement envoie un signal fort en misant sur les infrastructures à haute valeur ajoutée dans d’autres régions. Le barrage de Katende, au-delà de sa mission énergétique, est perçu comme un instrument de relance économique, mais aussi comme un levier d’apaisement et d’intégration nationale.

Dans son discours, le ministre des Finances a souligné que « le Grand Katende est plus qu’un projet. C’est un pacte entre l’État et ses citoyens ». En filigrane, un appel à la responsabilité collective : entreprises, ingénieurs, collectivités, élus, tous sont appelés à transformer ce chantier en réussite nationale.

Derrière les chiffres, une ambition : renforcer la compétitivité du secteur productif local, faciliter l’implantation d’industries agroalimentaires et réduire la dépendance aux générateurs diesel, coûteux et polluants. À long terme, la centrale devrait permettre une baisse du coût du kilowattheure dans la région, aujourd’hui estimé à près de 0,30 USD, bien au-dessus de la moyenne nationale.

Si les engagements sont tenus, les premiers mégawatts pourraient être livrés dès 2026. Le pari n’est pas seulement technique ou financier. Il est politique. Il consiste à démontrer qu’un projet d’envergure peut renaître, dans un pays souvent fragilisé par la désorganisation des institutions, les aléas budgétaires et les retards d’exécution.

La centrale de Katende ne sera pas une exception si les leçons du passé sont tirées. Mais elle pourrait devenir la norme d’une nouvelle ère où les projets prioritaires sortent enfin des tiroirs pour alimenter l’économie et redonner foi aux territoires oubliés.

— M. KOSI

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