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Ituri : Des postes illégaux supprimés sur la RN4 et RN44 après des ponctions allant jusqu’à 1 000 USD par camion

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Des postes de taxation jugés illégaux ont été démantelés sur les routes nationales 4 et 44 en Ituri, relançant l’espoir d’un répit pour les transporteurs et commerçants asphyxiés par les prélèvements clandestins. Une délégation officielle, conduite par l’avocat général militaire près la cour militaire de l’Ituri, s’est rendue dans le territoire de Mambasa pour appliquer une décision souvent annoncée mais rarement suivie d’effets durables.

Les témoignages recueillis sur le terrain révèlent l’ampleur du fléau. Pour acheminer un seul camion de marchandises entre Makiki et Mambasa, les commerçants déboursaient jusqu’à 400 dollars. Le montant dépasse les 1 000 dollars pour atteindre Kisangani. Ce ne sont pas des taxes officielles, mais des prélèvements opérés à des barrières tenues par des agents parfois issus de services supprimés ou non habilités à taxer. Le poste de Makiki, ceux de Bella, du pont Teturi, de Mambasa centre, d’Epulu, de Badengaido et de Nia-Nia figurent parmi les points les plus dénoncés. Les services en question incluent la Commission nationale de prévention routière (CNPR), les migrations, les transports et voies de communication, ainsi que les services de chefferies locales.

Le scandale prend une autre ampleur quand on apprend que certains agents continuent de se présenter sous la bannière de structures qui n’existent plus, comme le service des crimes économiques, devenu officiellement anti-fraude. Leurs interventions se font sans quittance, parfois accompagnées de menaces. Ces pratiques, loin d’être isolées, se reproduisent à chaque fois que les autorités s’éloignent. Le cycle est bien rodé : après le passage d’une délégation officielle, les postes illégaux sont abandonnés quelques jours, puis réactivés en toute impunité.

Un membre de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) n’a pas mâché ses mots. Il demande au gouvernement d’arrêter les agents qui défient les décisions de leur hiérarchie et d’appliquer des sanctions visibles. Sans un message fort, la spirale de la tracasserie continuera de plomber le tissu économique local.

Les opérateurs économiques, mais aussi les petits commerçants, subissent les contrecoups d’une route transformée en succession de péages pirates. Le coût du transport grimpe, les denrées deviennent plus rares et plus chères, les marges se réduisent, et les activités tournent au ralenti. Ce phénomène s’observe également sur les routes agricoles où des postes de contrôle, souvent improvisés, empêchent les produits vivriers d’atteindre les marchés.

En 2023, une étude menée par l’Observatoire de la Gouvernance Routière (OGR) en collaboration avec la Cellule de Suivi des Réformes Économiques (CSRE) avait recensé 36 points de taxation illégaux entre Bunia et Kisangani. Selon leurs calculs, ces prélèvements informels génèrent environ 4 millions de dollars par an, hors du circuit public.

La dernière opération du gouvernement provincial pourrait enfin produire un effet durable, si elle s’accompagne de mécanismes de contrôle permanents et d’un canal direct pour les dénonciations. Encore faut-il que les promesses faites ne se perdent pas, une fois de plus, dans les embouteillages de l’administration.

Peter MOYI

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