Le chantier de la route nationale n°1, reliant Kinshasa à Matadi, concentre 514 millions de dollars d’investissements depuis 2008. Ce projet structurant, clé pour le corridor économique RD Congo – port de Matadi, s’est construit sur un schéma de partenariat public-privé (PPP) du type Build-Operate-Transfer (BOT), confié au consortium SOPECO, emmené par le Chinois Cong « Simon » Maohuai, dont les liens avec l’ancien pouvoir restent documentés.
Sur le papier, l’option BOT permet à l’État congolais d’éviter d’avancer les fonds publics : l’opérateur finance les travaux, puis se rémunère sur les recettes des péages. En pratique, selon une enquête de la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) et du réseau OCCRP, la réalité diffère.
Dérives contractuelles et anomalies financières
En mai 2019, la société privée SIC voit le jour et, dans le mois suivant sa création, décroche pour 70 millions de dollars de marchés sur l’autoroute. D’après les données recueillies, 35 % de cette société sont alors contrôlés par une entité familiale liée au sénateur Guy Loando. Cette rapidité et cette concentration des contrats interrogent, d’autant plus que les documents de l’Inspection générale des finances (IGF) révèlent une surévaluation de plusieurs dizaines de millions de dollars sur les budgets décaissés, notamment pour la SIC.
L’IGF, dans un rapport confidentiel de 2021, alerte sur la « structuration » des dépenses : les surfacturations concernent la totalité du projet Kinshasa-Matadi, et plusieurs agents publics, ainsi que Cong Maohuai, sont pointés du doigt pour des faits assimilés à du détournement. Pourtant, les poursuites judiciaires recommandées restent, à ce stade, lettre morte.
Le coût de ce type de montage financier ne s’arrête pas à la route : la Banque mondiale rappelle que, dans un pays où 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, chaque dollar mal utilisé retarde les infrastructures de base. Dans le secteur africain des travaux publics, près de 35 % des fonds disparaissent dans les circuits opaques ou les surfacturations, selon Transparency International (2023).
Ce cas congolais met en lumière le déficit de contrôle des marchés publics et le besoin d’une refonte des procédures d’attribution. Les effets sont tangibles : accès limité aux services, hausse des coûts de transport, enclavement des zones rurales et sentiment d’injustice persistante chez les citoyens qui, chaque jour, empruntent cette route.
— Peter MOYI



