Le projet de loi de finances 2026 présenté par Judith Suminwa fixe les recettes et dépenses de l’État à 59 021 milliards de francs congolais, soit 16 % de plus que le budget rectificatif 2025 (50 692 milliards FC). Cette hausse porte le budget général à 53 654 milliards FC (contre 45 750 milliards), les budgets annexes à 962 milliards FC (903 milliards en 2025) et les comptes spéciaux à 4 404 milliards FC (4 039 milliards en 2025).
Sécurité renforcée, infrastructures et services publics sous contrainte
Près de 30 % du budget général, soit 11 896 milliards FC, sont dirigés vers la défense et la sécurité, dans un contexte de violences persistantes à l’Est. La part consacrée au bloc défense–sécurité–justice était auparavant de 13,12 %. La montée de ce ratio traduit un recentrage budgétaire sur l’équipement, la logistique et la rémunération des forces armées et policières. En pratique, chaque franc orienté vers la sécurité réduit l’espace disponible pour les autres politiques publiques, même si le volume global du budget progresse.
Le second bloc de moyens concerne les affaires économiques avec 11 972 milliards FC destinés à l’agriculture, aux infrastructures, aux transports et à l’énergie. Le Programme de Développement Local des 145 Territoires et les projets énergétiques structurants, dont Inga III, figurent parmi les chantiers à financer, en lien avec la réhabilitation des routes et des voies ferrées. À côté de ces grands projets, 3 546 milliards FC ciblent la mécanisation agricole, la transformation des produits locaux, l’élevage, la pêche, les routes de desserte agricole et l’industrialisation. L’arbitrage est clair : l’État parie sur la combinaison “sécurité + investissements physiques” pour soutenir la croissance et les recettes futures.
Sur le plan social, l’éducation conserve une place centrale. Le gouvernement mobilise 6 657 milliards FC pour maintenir la gratuité de l’enseignement primaire, construire et réhabiliter des écoles, financer la formation continue des enseignants, intégrer de nouvelles unités et payer les salaires du personnel. La viabilité de cette politique dépendra de la capacité réelle à encaisser les recettes prévues et à contenir les arriérés de paiement.
La santé reçoit 5 579 milliards FC dans le cadre du déploiement de la Couverture Santé Universelle. Ces crédits visent la prise en charge des accouchements, des soins prénatals, postnataux et néonataux, ainsi que le renforcement de la lutte contre les endémies et les maladies hydriques. Ils doivent aussi améliorer l’accès aux soins dans les zones touchées par les crises humanitaires. Le volume reste modeste face aux besoins, mais la présence d’une ligne CSU identifiée indique une volonté de structurer progressivement le financement de la santé publique.
En protection sociale, une enveloppe de 1 211 milliards FC est réservée aux pensions, aux retraites et au soutien aux déplacés internes affectés par les conflits à l’Est. Ce montant, comparé aux crédits sécuritaires et d’infrastructures, montre que l’effort de solidarité progresse mais reste limité au regard du nombre de ménages vulnérables.
Sur le plan institutionnel, l’examen du projet de loi de finances intervient alors que la session budgétaire approche de sa clôture. Il arrive après la recevabilité du projet de loi portant reddition des comptes de l’exercice 2024, défendu la veille par le ministre des Finances, Doudou Fwamba. La séquence “reddition 2024 puis budget 2026” est centrale pour apprécier la crédibilité des projections : les parlementaires disposent d’un retour sur l’exécution passée au moment de se prononcer sur les nouveaux chiffres.
M. KOSI



