En marge de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, tenue à Yaoundé le 25 mars 2026, une réunion de haut niveau a réuni les ministres africains du commerce autour du ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, et de la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, avec pour objectif d’identifier les freins structurels à l’industrialisation du continent et à son intégration dans les échanges internationaux. Le diagnostic partagé reste préoccupant : alors que l’Afrique représente environ 16 % de la population mondiale, sa part dans le commerce international plafonne à 2,9 %, révélant un déséquilibre persistant entre potentiel démographique et performance économique.
Dans ce contexte, la Chine a annoncé une évolution de son approche, en mettant davantage l’accent sur l’industrialisation africaine et l’ouverture de son marché à travers des préférences commerciales renforcées. Pour Pékin, il ne s’agit plus seulement d’investissements dans les infrastructures, mais d’un repositionnement vers des chaînes de valeur plus intégrées, capables de soutenir la transformation industrielle du continent. Cette orientation intervient alors que plusieurs économies africaines cherchent à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières et à capter davantage de valeur ajoutée.
La République démocratique du Congo s’est positionnée parmi les pays moteurs de cette dynamique, aux côtés du Cameroun, de la Guinée équatoriale, de l’Éthiopie, du Ghana et du Nigeria. Intervenant au nom de Kinshasa, la délégation congolaise a mis en avant le partenariat stratégique avec la Chine, consolidé par l’accord économique signé le 6 septembre 2024, et actuellement en phase de déclinaison opérationnelle à travers plusieurs protocoles sectoriels. Quatre axes structurants se dégagent de ces discussions : la facilitation des exportations vers le marché chinois, en particulier pour les produits agricoles, le développement d’une coopération orientée vers une croissance verte, l’attraction d’investissements industriels pour soutenir la transformation locale et l’essor du commerce électronique.
Pour les autorités congolaises, le commerce extérieur est appelé à jouer un rôle central dans la stratégie de développement économique, en articulation avec les politiques industrielles et d’investissement. L’enjeu consiste à dépasser le modèle extractif dominant pour construire des filières capables de transformer localement les ressources et de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. Dans cette perspective, l’accès au marché chinois apparaît comme un levier stratégique, compte tenu de la taille de la demande et du potentiel de diversification des exportations.
Cette orientation s’inscrit également dans une dynamique démographique de long terme. Avec une population africaine attendue à 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050, la question de l’industrialisation devient un impératif économique et social. La Chine, forte de son expérience de transformation sur plusieurs décennies, cherche à se positionner comme un partenaire structurant dans cette transition, aux côtés d’autres acteurs internationaux. Pour la RDC, l’enjeu sera de traduire ces engagements en projets concrets, capables de renforcer sa base productive et d’améliorer sa participation au commerce mondial.
— M. KOSI


