La République démocratique du Congo renforce son engagement dans la lutte contre la déforestation avec la validation d’un financement de 191 millions de dollars destiné aux programmes du Fonds national REDD+ (Fonaredd). Approuvée par le gouvernement, cette enveloppe doit soutenir plusieurs actions de préservation des forêts, avec une priorité clairement affichée : transformer le secteur agricole, considéré comme l’un des principaux facteurs de destruction du couvert forestier.
Le décaissement des fonds est attendu à partir du mois de juillet, selon le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi. L’État congolais prévoit également une contribution propre de 10,9 millions USD pour assurer le fonctionnement du secrétariat exécutif du Fonaredd.
Au-delà du montant annoncé, cette décision éclaire les choix stratégiques opérés par le gouvernement dans le cadre de sa politique climatique. Les 191 millions USD représentent près de 30 % d’un programme global évalué à 635 millions USD destiné à accompagner la transition environnementale du pays.
L’agriculture apparaît comme le premier secteur bénéficiaire de ces financements. Ce choix s’explique par le poids croissant de l’agriculture extensive dans la déforestation observée ces dernières années. L’objectif des autorités est de promouvoir des pratiques agricoles plus durables capables d’augmenter les rendements tout en limitant la pression sur les espaces forestiers.
Le secteur énergétique arrive en deuxième position avec 111 millions USD, soit 17 % du programme global. Cette orientation traduit la volonté de réduire progressivement la dépendance des ménages au bois-énergie, qui demeure la principale source d’énergie domestique pour une grande partie de la population congolaise.
La démographie et la planification familiale bénéficient également d’une enveloppe de 108 millions USD. Les autorités considèrent en effet que la croissance démographique exerce une pression supplémentaire sur les ressources naturelles et les espaces agricoles.
La répartition budgétaire suscite toutefois certaines interrogations. Le secteur de l’éducation ne reçoit que 1,5 million USD, une allocation jugée insuffisante par plusieurs responsables gouvernementaux. La ministre de l’Enseignement supérieur, Marie-Thérèse Sombo, estime notamment que la sensibilisation des populations aux enjeux environnementaux passe aussi par l’éducation et le changement des comportements.
La RDC occupe une place centrale dans les stratégies mondiales de lutte contre le changement climatique. Le pays abrite près de 60 % des forêts du bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical au monde après l’Amazonie. Cette richesse écologique constitue un atout majeur pour attirer les financements internationaux liés au climat.
Cependant, les défis restent considérables. Selon le secrétaire exécutif du Fonaredd, Bavon N’Sa, plusieurs contraintes ralentissent encore la mise en œuvre des programmes, notamment la dépendance aux financements extérieurs, la multiplication des initiatives non coordonnées et l’impact de l’insécurité dans certaines provinces de l’Est du pays.
Malgré ces difficultés, les objectifs affichés demeurent ambitieux. Le gouvernement vise une réduction de 25 % de l’utilisation du bois-énergie d’ici 2030 grâce au développement des énergies alternatives. Le programme prévoit également l’expansion de cultures pérennes sur près de 53 000 exploitations ainsi que le renforcement du suivi du couvert forestier à travers des mécanismes de surveillance réguliers.
Pour les partenaires internationaux, ce programme constitue un test important de la capacité de la RDC à concilier développement économique, sécurité alimentaire et protection de l’environnement. Pour le pays, l’enjeu dépasse la seule question climatique : il s’agit également de transformer la préservation des forêts en opportunité de développement et de financement durable.
Par M. KOSI





