L’encours des titres publics de la République démocratique du Congo est passé de 6 653,4 milliards à 3 422,3 milliards de francs congolais (CDF) entre le 4 et le 11 juin 2026, soit une baisse de plus de 3 231 milliards CDF en une semaine. Cette évolution spectaculaire s’explique principalement par le remboursement d’obligations du Trésor arrivées à échéance, mais elle met aussi en lumière les défis du marché domestique de la dette.
Les chiffres publiés par la Banque centrale du Congo (BCC) montrent un recul de près de 49 % de l’encours global des titres publics en seulement une semaine. À première vue, cette baisse pourrait être interprétée comme une diminution importante de la dette intérieure de l’État. En réalité, elle traduit avant tout un effet mécanique lié au remboursement d’obligations du Trésor libellées en dollars américains arrivées à maturité.
Les titres publics constituent l’un des principaux instruments utilisés par le Gouvernement pour financer son budget sans recourir directement aux avances de la Banque centrale. En émettant des bons et obligations du Trésor, l’État emprunte auprès des banques, des investisseurs institutionnels et d’autres acteurs du marché financier, qu’il rembourse à l’échéance avec intérêts.
Une dette qui baisse… avant de repartir ?
Cette forte diminution de l’encours ne signifie donc pas que les besoins de financement de l’État ont disparu. Au contraire, le Trésor poursuit ses émissions afin de refinancer progressivement les montants arrivant à échéance et de couvrir les besoins budgétaires.
Le 10 juin 2026, le ministère des Finances a ainsi proposé une nouvelle émission d’obligations du Trésor en dollars américains d’un montant de 60 millions USD, assorties d’une maturité de deux ans et d’un taux de coupon annuel de 8 %.
Mais cette opération n’a permis de mobiliser que 32,9 millions USD, soit un taux de souscription de 54,8 %. Autrement dit, près de la moitié du montant recherché n’a pas trouvé preneur sur le marché.
Pour un marché de la dette en développement comme celui de la RDC, ce résultat traduit un intérêt réel des investisseurs, mais également une certaine prudence. Les investisseurs évaluent désormais davantage le niveau de rémunération proposé, la liquidité du marché, les perspectives macroéconomiques ainsi que les risques liés à la dette souveraine.
Le marché attend encore les résultats des obligations en francs congolais
En parallèle, le Gouvernement a également lancé une émission d’obligations du Trésor indexées en francs congolais pour un montant de 50 milliards CDF, également rémunérées à 8 % sur une maturité de deux ans.
À ce stade, les résultats de cette adjudication n’ont pas encore été publiés par le ministère des Finances. Leur niveau de souscription sera particulièrement observé, car il permettra de mesurer l’appétit des investisseurs pour les titres libellés en monnaie nationale dans un contexte marqué par les enjeux de stabilité monétaire et de gestion de l’inflation.
Le développement d’un marché domestique de la dette constitue un objectif stratégique pour les autorités congolaises. Il permet de diversifier les sources de financement de l’État, de réduire progressivement la dépendance aux financements extérieurs et d’offrir aux investisseurs locaux des instruments de placement relativement sécurisés.
Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la confiance des investisseurs, la stabilité macroéconomique, la capacité de l’État à honorer régulièrement ses échéances et la profondeur du marché financier congolais.
La forte baisse de l’encours observée cette semaine illustre finalement le fonctionnement normal du marché des titres publics : les obligations arrivées à échéance sont remboursées, tandis que de nouvelles émissions sont lancées pour assurer la continuité du financement de l’État. Le véritable indicateur à surveiller n’est donc pas seulement l’évolution de l’encours, mais aussi la capacité du Trésor à attirer suffisamment d’investisseurs lors de ses nouvelles adjudications.
— M. KOSI









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