Le gouvernement congolais doit établir une nouvelle cartographie de ses actifs pétroliers et gaziers, de ses permis, de ses projets et de ses infrastructures. Félix Tshisekedi a également demandé des feuilles de route sur le pétrole du lac Albert avec l’Ouganda et sur la Zone d’intérêt commun avec l’Angola.
La République démocratique du Congo veut remettre à plat son portefeuille d’hydrocarbures avant de chercher à accélérer son développement. Lors de la 96ᵉ réunion du Conseil des ministres du 14 août 2026, Félix Tshisekedi a chargé la ministre d’État aux Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, de dresser un état des lieux couvrant les réserves et actifs disponibles, les permis de recherche et d’exploitation, les projets en cours, les partenariats ainsi que les contraintes qui freinent l’exploration, la production et la transformation. Le travail doit également intégrer les infrastructures de transport, de stockage, de raffinage et de commercialisation.
Cette instruction intervient dans un secteur où la RDC cherche depuis plusieurs années à élargir une production encore concentrée dans le Kongo Central et à convertir son potentiel géologique en nouveaux projets. En 2022, le pays avait lancé un appel d’offres portant sur 27 blocs pétroliers et trois blocs gaziers. La procédure sur les blocs pétroliers a finalement été annulée en octobre 2024 en raison notamment d’offres irrégulières ou inadaptées, de retards et d’un manque de concurrence. Le gouvernement avait alors annoncé une future relance sans fixer de calendrier.
Le lac Albert revient dans les discussions avec l’Ouganda
Le premier dossier transfrontalier concerne le lac Albert. Félix Tshisekedi considère que la continuité géologique des réservoirs entre les deux pays nécessite une coordination lorsque des ressources sont partagées. Thérèse Kayikwamba Wagner et Acacia Bandubola doivent préparer, avec la Présidence, une feuille de route de coopération avec Kampala intégrant les intérêts économiques de la RDC, la protection des communautés et les contraintes environnementales.
Le calendrier devient particulièrement intéressant au regard de l’avance prise par l’Ouganda sur son propre versant du bassin. Kampala développe les champs de Tilenga et Kingfisher ainsi que l’East African Crude Oil Pipeline, qui doit transporter le brut sur 1 443 kilomètres jusqu’au port de Tanga en Tanzanie. Au 7 août, EACOP annonçait un taux d’avancement global de 91 %. L’Ouganda vise le démarrage de sa production commerciale au second semestre 2026.
Pour Kinshasa, la coopération évoquée ne signifie cependant pas que la RDC est déjà intégrée à ces infrastructures ni qu’un accord d’exploitation commune du lac Albert est conclu. La décision du 14 août porte d’abord sur l’élaboration d’une feuille de route. C’est donc le contenu du futur dispositif bilatéral, notamment les ressources concernées, les modalités d’exploitation et les éventuelles infrastructures partagées, qui permettra d’en mesurer la portée économique.
Avec l’Angola, le dossier est déjà plus avancé
Le deuxième axe concerne la Zone maritime d’intérêt commun entre la RDC et l’Angola. Contrairement au dossier ougandais, celui-ci dispose déjà d’un cadre juridique et opérationnel plus développé. Le 22 juillet 2026 à Luanda, Acacia Bandubola et son homologue angolais Diamantino Pedro Azevedo ont signé un avenant au contrat de partage de production du bloc 14/23 et une déclaration liée à l’application de l’accord de gouvernance de la ZIC.
Les deux pays ont également engagé la mise en place des organes conjoints chargés de la gouvernance, des opérations et du compte commun. Le mécanisme repose sur un partage égal des droits économiques entre Kinshasa et Luanda, tandis que les discussions sur la délimitation maritime restent distinctes de l’exploitation pétrolière. Aucune date de forage, de première production ou de volume attendu n’a encore été rendue publique pour le bloc 14/23.
Le Conseil des ministres du 14 août a précisément inscrit l’opérationnalisation de cette ZIC à son ordre du jour. Tshisekedi demande désormais un rapport approfondi sur son état d’avancement, mais aussi sur la question de l’accès de la RDC aux eaux profondes.
La stratégie présidentielle rassemble ainsi trois dossiers qui évoluaient jusqu’ici selon des calendriers différents. Le portefeuille national doit être réévalué, une coopération pétrolière doit être structurée avec l’Ouganda et le mécanisme déjà négocié avec l’Angola doit progresser vers l’exécution. La prochaine mesure de cette politique ne sera donc pas l’annonce du potentiel géologique, mais la conversion de ces instructions en permis actifs, investissements, infrastructures et production supplémentaire.
— M. KOSI









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