Les minerais représentent environ 25 % des exportations de la SADC, mais seulement 7 % de l’emploi direct dans la région. À Durban, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique a appelé les États d’Afrique australe à construire des chaînes de valeur communes, avec la RDC intégrée à un axe régional consacré aux batteries et aux véhicules électriques.
La République démocratique du Congo figure parmi les pays que la Commission économique pour l’Afrique veut connecter dans une chaîne industrielle dépassant l’extraction du cuivre et du cobalt. Devant les chefs d’État et de gouvernement réunis le 17 août 2026 au 46ᵉ Sommet ordinaire de la SADC à Durban, le secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, a défendu une industrialisation reposant sur la transformation des minerais, l’énergie, les infrastructures et une répartition régionale des différentes étapes de production.
Les chiffres présentés par la CEA illustrent le décalage actuel. Les minerais génèrent environ 10 % du PIB de la SADC et 25 % de ses exportations, mais seulement 7 % des emplois directs. Pour Gatete, cette différence montre que l’extraction et l’exportation des matières premières ne suffisent pas à convertir les ressources géologiques en emplois industriels. La CEA estime par ailleurs que l’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales de minerais nécessaires à la transition énergétique et que leur demande pourrait plus que tripler d’ici 2030 dans certains scénarios de neutralité carbone.
RDC, Zambie, Tanzanie et Afrique du Sud réunies autour de la batterie
La proposition avancée à Durban repose sur une division régionale des activités industrielles. La CEA et la Banque africaine de développement prévoient de travailler sur plusieurs chaînes de valeur de minerais critiques et sur les corridors nécessaires à leur fonctionnement. Pour les batteries et les véhicules électriques, le schéma cité associe notamment la RDC, la Zambie, la Tanzanie et l’Afrique du Sud. D’autres axes concernent le lithium en Afrique australe, le graphite autour du Mozambique, de Madagascar et de la Tanzanie, ainsi que le fer, le manganèse et les matériaux industriels verts.
Pour la RDC, cette approche prolonge l’initiative lancée avec la Zambie autour des batteries électriques, mais dans une architecture plus large. Kinshasa apporte principalement ses ressources en cobalt et en cuivre, tandis qu’une chaîne régionale pourrait répartir entre plusieurs pays le raffinage, la fabrication des précurseurs, les composants, l’assemblage et la logistique. La CEA considère qu’aucun État ne dispose seul de l’ensemble des minerais, technologies, infrastructures et capacités industrielles nécessaires pour concurrencer les chaînes mondiales existantes.
L’institution avance également un argument de coût directement lié à la RDC. Selon une étude citée par Gatete, la construction d’une unité capable de produire 10 000 tonnes de précurseurs de batteries par an en RDC coûterait environ 39 millions USD, soit près de trois fois moins qu’une installation comparable aux États-Unis. La CEA estime également qu’une production plus proche des ressources minières permettrait de réduire certaines émissions associées aux chaînes actuellement organisées autour de la transformation en Chine. Il s’agit d’une estimation économique de la CEA et non d’un projet d’usine dont le financement ou la construction serait déjà engagé.
Lobito et l’électricité conditionnent la chaîne industrielle
La stratégie présentée à Durban rattache directement la transformation des minerais aux infrastructures. Gatete a notamment cité le corridor de Lobito, qui doit améliorer la connexion entre l’Angola, la RDC et la Zambie, ainsi que le Southern African Power Pool, système régional destiné à faciliter les échanges d’électricité entre les pays d’Afrique australe. Pour la CEA, une industrie régionale des minerais critiques ne peut fonctionner sans énergie fiable, transport ferroviaire, ports, logistique et financement de long terme.
Cette contrainte intéresse particulièrement la RDC, où la progression de la production de cuivre et les nouvelles capacités de transformation augmentent simultanément les besoins en électricité et en infrastructures d’évacuation. Le modèle régional défendu par la CEA suppose donc que les investissements dans les mines soient accompagnés de projets bancables dans l’énergie, les chemins de fer, les plateformes industrielles et les chaînes logistiques.
Claver Gatete a décliné six priorités comprenant la mobilisation de financements à grande échelle, l’accélération de la transformation des minerais, l’industrialisation de l’agriculture, la sécurité régionale des engrais, l’utilisation de la ZLECAf pour renforcer les chaînes de valeur et l’investissement dans l’énergie et les infrastructures.
Le sommet de Durban lui-même est consacré à une industrialisation fondée sur les infrastructures, la transformation agricole et les minerais critiques. La SADC doit également examiner l’opérationnalisation de son Fonds de développement régional, destiné à financer des projets communs.
Pour la RDC, l’étape à surveiller sera donc le passage de l’initiative régionale sur les batteries à des investissements financés et localisés précisément. La valeur économique du projet dépendra notamment de la part de raffinage, de fabrication de précurseurs et de composants effectivement réalisée sur le territoire congolais, ainsi que des infrastructures énergétiques et logistiques capables de soutenir ces activités.
— Peter MOYI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.