RDC : 10 % de capital congolais et quotas de cobalt changent le risque minier

Les risques liés aux minerais critiques ne se limitent plus à la qualité des gisements ou au niveau des cours. Pour Yves Binzunga, Directeur général adjoint d’EquityBCDC pour la région Sud, réglementation minière, concentration du raffinage, stockage du cuivre et corridors ferroviaires pèsent désormais directement dans l’évaluation financière des projets.

La Rédaction

Les risques liés aux minerais critiques ne se limitent plus à la qualité des gisements ou au niveau des cours. Pour Yves Binzunga, Directeur général adjoint d’EquityBCDC pour la région Sud, réglementation minière, concentration du raffinage, stockage du cuivre et corridors ferroviaires pèsent désormais directement dans l’évaluation financière des projets.

Dans une analyse consacrée à l’évolution des chaînes de valeur des minerais critiques, Yves Binzunga identifie quatre mouvements susceptibles de modifier les décisions d’investissement dans le secteur. Il cite le renforcement des exigences de participation congolaise dans les sociétés minières, la politique de quotas sur le cobalt, la concentration du raffinage en Chine, l’accumulation de cuivre aux États-Unis et la compétition entre les corridors de Lobito et de Tazara. Son raisonnement conduit à une même conclusion, le risque minier devient de plus en plus réglementaire, logistique et géopolitique, en plus du risque traditionnel lié aux réserves et aux prix.

En RDC, capital congolais et cobalt changent le calcul des investisseurs

La première évolution concerne directement la RDC. Le Code minier révisé en 2018 prévoit, à son article 71 bis, qu’au moins 10 % du capital social des sociétés minières soient détenus par des personnes physiques de nationalité congolaise. Cette obligation est distincte des 10 % de parts que le titulaire doit céder gratuitement à l’État lors de l’octroi d’un permis d’exploitation. Le ministère des Mines avait accordé un moratoire de mise en conformité dont l’échéance était fixée au 31 juillet 2026.

Pour une banque ou un investisseur, cette exigence agit directement sur la structure actionnariale, la gouvernance et les modalités de financement d’un projet. Elle impose aussi d’évaluer la qualité des partenaires locaux et la capacité d’une société à respecter les règles nationales sur l’emploi, la sous-traitance et la transformation. L’analyse de Binzunga considère ainsi l’intégration locale et la conformité environnementale, sociale et de gouvernance comme des variables appelées à peser davantage dans les décisions de crédit.

Le cobalt fournit un deuxième exemple. La RDC a instauré pour 2026 un plafond national d’exportation de 96 600 tonnes, dont 9 600 tonnes, soit près de 10 %, sont placées sous contrôle stratégique de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques. Les quotas non utilisés au premier semestre devaient également être récupérés et transférés vers cette réserve stratégique. Cette politique donne à Kinshasa un instrument supplémentaire pour agir sur l’offre exportée et les prix mondiaux.

La concentration du raffinage accentue cette capacité d’influence. L’Agence internationale de l’énergie relève que la Chine reste le principal pays de raffinage pour la plupart des minerais énergétiques et que la concentration mondiale a encore augmenté en 2025. Pour le cobalt, la Chine conserve une position dominante dans le raffinage, tandis que la RDC reste la principale source de matière première. Cette séparation géographique entre extraction et transformation rend la chaîne vulnérable aux quotas, restrictions commerciales ou perturbations logistiques.

Cuivre et chemins de fer redessinent les risques de marché

Sur le cuivre, les États-Unis illustrent une autre forme de fragmentation. La perspective de droits de douane a poussé les négociants à acheminer des volumes considérables vers le marché américain. Reuters indiquait fin juillet que les entrepôts du CME représentaient déjà 58 % des stocks mondiaux visibles sur les grandes places d’échange. Au 14 août, les données de marché situaient les stocks du Comex au-dessus de 650 000 tonnes.

Ce déplacement physique du métal réduit parallèlement les disponibilités ailleurs. Les stocks du London Metal Exchange sont tombés à environ 214 550 tonnes au début d’août, contre plus de 400 000 tonnes en mai. Pour les producteurs et leurs banques, cette redistribution signifie que le risque de prix dépend désormais davantage des politiques commerciales et de la localisation des stocks physiques, et pas seulement de la production mondiale.

La même logique apparaît dans les infrastructures. La ligne Tazara entre la Tanzanie et la Zambie doit être réhabilitée dans le cadre d’une concession soutenue par la Chine pour environ 1,4 milliard USD. Elle offre aux producteurs de cuivre de la région une route orientale vers les ports tanzaniens. En parallèle, le corridor de Lobito cherche à relier plus efficacement les zones minières de Zambie et de RDC à l’Atlantique.

Lobito dispose déjà de financements pour certaines infrastructures existantes, mais la construction des nouveaux tronçons entre la Zambie et la RDC nécessite encore une levée évaluée entre 3 et 5 milliards USD. Africa Finance Corporation prévoit désormais une clôture financière au quatrième trimestre 2027, après un calendrier initial plus rapide. Il est donc plus exact de parler d’un décalage de financement sur cette extension que d’un retard généralisé de l’ensemble du corridor.

Pour Binzunga, cette compétition entre routes d’exportation confirme que la viabilité d’un projet minier dépend de plus en plus de sa capacité à sécuriser plusieurs débouchés logistiques. Pour les banques, la conséquence est directe. Un gisement rentable sur le papier peut devenir plus risqué si son accès à l’énergie, au rail, aux ports ou aux marchés est fragile.

Cette évolution modifie progressivement l’analyse du crédit minier en RDC. Au-delà des réserves géologiques et du prix du cuivre ou du cobalt, les prêteurs devront davantage intégrer la gouvernance locale, les règles d’exportation, la conformité ESG, les infrastructures et la capacité d’un projet à continuer d’acheminer sa production lorsque les rapports de force internationaux se déplacent.

— J. KAKESA

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