De Brazzaville à Alger, en passant par Washington, Dodoma et Kampala, la République démocratique du Congo multiplie les initiatives diplomatiques pour repositionner son secteur des hydrocarbures. Derrière cette offensive internationale se dessine une stratégie visant à attirer davantage d’investissements, renforcer la coopération régionale et accélérer la transformation du potentiel énergétique du pays en moteur de croissance économique.
Depuis la fin de l’année 2025, la ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a intensifié les rencontres bilatérales et multilatérales avec plusieurs partenaires africains et internationaux. Cette démarche s’inscrit dans la volonté des autorités congolaises de faire du secteur énergétique un pilier de la diversification économique, à côté des mines. La première séquence de cette offensive diplomatique s’est déroulée à Brazzaville, lors de la 48ᵉ session du Conseil des ministres de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO).
À cette occasion, la RDC a renforcé son positionnement au sein de l’organisation avec l’élection d’Acacia Bandubola Mbongo à la vice-présidence de l’APPO. Au-delà de cette responsabilité institutionnelle, Kinshasa a présenté plusieurs orientations destinées à valoriser davantage ses ressources énergétiques. Parmi les priorités figurent la réduction du torchage du gaz dans le bassin côtier de Muanda afin de produire de l’électricité, la valorisation des 66 milliards de mètres cubes de gaz méthane du lac Kivu et l’élaboration d’un cadre juridique spécifique au gaz de pétrole liquéfié (GPL), destiné à favoriser le développement de cette filière.
Une diplomatie tournée vers les investissements et les infrastructures
La stratégie congolaise ne se limite plus aux organisations pétrolières. Elle cherche également à développer des partenariats techniques et financiers. Lors d’une visite à Washington, la ministre a appelé les entreprises américaines à investir dans la transformation locale du cuivre et du cobalt, deux minerais indispensables à la transition énergétique mondiale. Cette approche traduit la volonté du Gouvernement de mieux articuler les politiques minière et énergétique afin de développer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
En Tanzanie, les discussions avec le ministre de l’Énergie ont porté sur la gestion commune du potentiel pétrolier du lac Tanganyika ainsi que sur la lutte contre la fraude sur les produits pétroliers en transit.
Selon les estimations présentées au cours de ces échanges, cette fraude ferait perdre près de 800 millions USD par an aux recettes publiques congolaises, un manque à gagner important pour un secteur appelé à financer une partie des investissements nationaux. La délégation congolaise a également visité les installations portuaires et pétrolières de Dar es Salaam afin d’étudier des solutions permettant d’améliorer l’approvisionnement du marché congolais en produits pétroliers.
Quelques jours plus tard, en Ouganda, les discussions bilatérales ont abouti à la signature de six protocoles d’accord, notamment dans le domaine des infrastructures énergétiques et des projets de pipelines transfrontaliers.
L’Algérie, un partenaire pour développer l’expertise congolaise
La mission officielle en Algérie a constitué l’un des temps forts de cette offensive diplomatique.
La RDC et l’Algérie y ont signé un protocole d’accord couvrant plusieurs domaines des hydrocarbures, allant de l’exploration au raffinage, en passant par le stockage, le transport et la formation des ressources humaines. Pour Kinshasa, ce rapprochement répond à un objectif précis : bénéficier de l’expérience de Sonatrach, première compagnie pétrolière d’Afrique, afin d’accélérer la modernisation de la chaîne de valeur pétrolière congolaise.
La délégation congolaise a notamment visité les laboratoires techniques de Sonatrach, l’Institut algérien du pétrole ainsi que la raffinerie d’Alger afin d’étudier les procédés de raffinage, de stockage et de gestion du gaz de pétrole liquéfié. Au-delà des accords diplomatiques, cette coopération ouvre des perspectives en matière de transfert de compétences, de formation des cadres congolais et de développement des capacités nationales dans l’ensemble de la filière pétrolière.
Une nouvelle orientation de la politique énergétique congolaise
L’ensemble de ces initiatives traduit une évolution de la stratégie énergétique de la RDC.
Longtemps concentrée sur l’attribution des blocs pétroliers, la politique des hydrocarbures cherche désormais à développer toute la chaîne de valeur : exploration, production, transformation, transport, stockage, distribution, formation et coopération régionale. Cette approche répond également aux besoins d’intégration énergétique de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Est, où plusieurs projets de pipelines, d’interconnexions et de coopération transfrontalière pourraient renforcer la sécurité énergétique régionale.
Pour la RDC, le défi reste désormais de transformer ces partenariats diplomatiques en investissements concrets, en nouvelles infrastructures et en projets créateurs d’emplois. Le potentiel énergétique congolais est considérable. Mais sa contribution à la croissance dépendra de la capacité du pays à attirer les capitaux, développer ses infrastructures, renforcer son expertise technique et créer davantage de valeur ajoutée localement. C’est sur ce terrain que sera véritablement évaluée l’efficacité de cette diplomatie énergétique.
— M. KOSI









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