La motion déposée à l’Assemblée nationale contre Ruashi Mining dépasse le cadre d’un simple différend local. Elle remet au premier plan une question devenue centrale pour l’industrie minière congolaise : comment concilier la croissance de la production minière avec la protection de la santé des populations et de leur environnement ?
Le député national Eddy Ilunga Mbuyu a saisi l’Assemblée nationale afin d’alerter le gouvernement sur les conséquences environnementales et sanitaires attribuées aux activités de Ruashi Mining dans le quartier Ilungu, à Kolwezi, dans la province du Lualaba. Selon l’élu, les habitants vivant à proximité des installations minières seraient exposés depuis plusieurs mois à différentes formes de pollution. Il affirme que des cas de saignements de nez, de troubles respiratoires, de détérioration des habitations et de corrosion accélérée des toitures auraient été signalés par les riverains.
Le député indique également que le ministère de l’Environnement aurait déjà effectué une mission d’inspection il y a plusieurs mois. À l’issue de cette visite, une délocalisation des populations concernées aurait été recommandée, tandis que deux commissions provinciales auraient été mises en place pour identifier les ménages concernés et assurer leur suivi sanitaire.
Face à cette situation, l’auteur de la motion demande que le gouvernement prenne des mesures afin de protéger les populations exposées. Il estime que les mesures de réparation devraient aller au-delà de la seule délocalisation et inclure la prise en charge des préjudices sanitaires et matériels subis par les habitants.
La motion évoque également les activités de minage de Zijin Commus SAS. Selon le député, les explosions réalisées dans le cadre de l’exploitation minière auraient provoqué des fissures sur plusieurs habitations situées dans les cités Gécamines et Musonoi ainsi que dans les quartiers Biashara et Shibuki.
Un défi croissant pour l’industrie minière congolaise
Ces accusations interviennent quelques semaines après la publication d’une enquête consacrée aux impacts environnementaux des activités de Ruashi Mining dans plusieurs quartiers de Kolwezi. Ce document fait état de plaintes portant notamment sur les nuisances sonores, les odeurs chimiques, les fumées industrielles, les fissures observées sur certaines habitations ainsi que des problèmes respiratoires signalés par des riverains.
L’enquête évoque également des analyses faisant état d’une corrosion accélérée des toitures, de dégradations de certains bâtiments, du dessèchement de cultures maraîchères et de la présence d’eaux de pluie présentant un niveau d’acidité élevé.
À ce stade, Ruashi Mining ne s’est pas publiquement exprimée sur les accusations formulées dans la motion parlementaire ni sur les conclusions de cette enquête. Les faits avancés par les riverains et le député devront donc être examinés dans le cadre des procédures administratives et techniques compétentes.
Au-delà de cette affaire, le dossier met en lumière une question de plus en plus présente dans les grands bassins miniers congolais. Avec l’augmentation des investissements dans le cuivre et le cobalt, les exigences en matière de responsabilité environnementale deviennent aussi importantes que les performances économiques des exploitants. Les investisseurs internationaux accordent désormais une attention particulière aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), tandis que les communautés attendent des entreprises qu’elles limitent les impacts de leurs activités et prennent en charge les éventuels dommages.
Pour la RDC, qui ambitionne de consolider sa place parmi les principaux producteurs mondiaux de minerais stratégiques, la maîtrise de ces enjeux constitue un facteur de compétitivité. Le développement du secteur minier dépendra non seulement des volumes produits, mais aussi de la capacité des exploitants à maintenir un climat de confiance avec les populations riveraines, à respecter les normes environnementales et à garantir une exploitation compatible avec les exigences de développement durable.
— M. KOSI









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