RDC : les banques grandissent, mais financent encore trop peu les PME et l’économie productive

Le secteur bancaire congolais a beaucoup changé en deux décennies. Entre 2002 et 2023, le total des actifs des banques est passé d’environ 100 millions USD à 16,8 milliards USD. Une multiplication par 168, qui montre la reconstruction d’un système longtemps fragilisé par les crises politiques, l’hyperinflation, les faillites bancaires et la perte de confiance dans la monnaie nationale.

La Rédaction

Le secteur bancaire congolais a beaucoup changé en deux décennies. Entre 2002 et 2023, le total des actifs des banques est passé d’environ 100 millions USD à 16,8 milliards USD. Une multiplication par 168, qui montre la reconstruction d’un système longtemps fragilisé par les crises politiques, l’hyperinflation, les faillites bancaires et la perte de confiance dans la monnaie nationale.

Mais cette croissance des bilans ne dit pas tout. La RDC dispose aujourd’hui de banques plus solides, mieux encadrées et plus connectées aux grands circuits économiques. Pourtant, une grande partie de la population et des entreprises reste encore loin du crédit bancaire. Les PME, l’agriculture, l’industrie locale, la sous-traitance, les ménages et les jeunes entrepreneurs continuent de se heurter à des taux élevés, à des garanties lourdes et à une offre financière encore trop concentrée.

Cette réalité vient aussi de l’histoire monétaire du pays. La décennie 1990 a laissé des traces profondes. L’hyperinflation a poussé les agents économiques à chercher refuge dans le dollar pour protéger leur épargne, leurs contrats et leurs paiements. Depuis, la devise américaine garde une place dominante dans les dépôts, les crédits et de nombreuses transactions courantes.

Mines, paie publique et monnaie électronique : les moteurs de la croissance bancaire

La relance du secteur bancaire s’appuie d’abord sur les réformes engagées au début des années 2000. La loi n°003/2002 sur l’activité et le contrôle des établissements de crédit, ainsi que la loi n°022/2002 sur la restructuration des banques en difficulté, ont renforcé les moyens de surveillance de la Banque Centrale du Congo. Plusieurs établissements fragiles ont été liquidés ou restructurés. Des cas comme la BIAC ou la Fibank ont néanmoins rappelé que la gouvernance interne demeure un point sensible.

La bancarisation de la paie publique, lancée entre 2011 et 2012, a aussi modifié les circuits financiers de l’État. Le passage du paiement manuel au virement bancaire a réduit certaines pratiques irrégulières, permis d’identifier des agents fictifs et poussé des centaines de milliers de fonctionnaires vers l’ouverture de comptes. Cette réforme a élargi la base de dépôts et encouragé les banques à se déployer en provinces. Mais dans certaines zones reculées, l’absence de routes, d’agences et de réseaux de communication continue de compliquer le paiement régulier des agents publics.

Le secteur minier a également porté l’expansion bancaire. Les banques commerciales se sont positionnées sur les grands projets du cuivre et du cobalt, surtout dans l’ex-Katanga. La structuration par Rawbank d’un financement de 400 millions USD pour l’extension de Kamoa-Kakula illustre cette capacité à participer à des opérations de grande taille. Le revers est connu : le crédit se concentre davantage sur les grandes entreprises jugées solides, tandis que les PME congolaises restent souvent en marge.

La monnaie électronique a, elle aussi, changé les habitudes financières. Dans un pays où l’agence bancaire reste éloignée de nombreux ménages, les services financiers mobiles sont devenus un canal pratique pour payer, transférer de l’argent et accéder à des services de base. Au quatrième trimestre 2025, le chiffre d’affaires du secteur de la monnaie électronique a atteint 647,91 millions USD. M-Pesa affichait 207,1 millions USD de revenus, contre 194,8 millions USD pour Airtel Money. Orange Money comptait, de son côté, 7,7 millions de clients actifs.

Cette concurrence a réduit certains coûts de transaction et élargi l’usage des services numériques. Elle ne règle pas pour autant la question du financement productif. Envoyer de l’argent par téléphone n’est pas la même chose qu’obtenir un crédit pour acheter une machine, financer une récolte, équiper un atelier ou développer une petite entreprise.

La dollarisation bloque encore la souveraineté monétaire

La grande faiblesse du système reste la dollarisation. À fin mai 2026, les dépôts de la clientèle atteignaient 18,68 milliards USD. Mais les dépôts en franc congolais ne représentaient que 12,1 % du total, contre 87,9 % pour les devises. Le crédit est encore plus dépendant du dollar : à fin janvier 2026, l’encours brut des prêts s’élevait à 10,45 milliards USD, dont 9,97 milliards USD en devises. Cela représente plus de 95 % du portefeuille global.

Cette structure réduit la portée de la politique monétaire. Quand les dépôts et les crédits sont largement libellés en dollars, la Banque Centrale du Congo agit avec une marge limitée sur les conditions de financement en monnaie nationale. Le dollar protège certains acteurs contre l’instabilité, mais il affaiblit la maîtrise nationale des circuits financiers.

La BCC tente donc de réduire cette dépendance par étapes. Après un taux directeur maintenu à 25 % pour contenir les tensions inflationnistes, elle l’a abaissé à 17,5 % en octobre 2025, puis à 15 % en janvier 2026. Les réserves internationales ont aussi augmenté pour atteindre 7,86 milliards USD au 25 juin 2026, soit près de 3 mois d’importations de biens et services.

La mesure la plus sensible reste l’interdiction annoncée des paiements en espèces en devises étrangères pour les transactions nationales à partir du 9 avril 2027. L’objectif n’est pas d’empêcher la détention de dollars. Il s’agit plutôt de pousser les paiements vers les virements, les cartes, les plateformes numériques et les circuits mieux traçables. Donc, moins de billets en devises dans les transactions locales, et plus de formalisation.

Cette réforme demandera toutefois une exécution fine. Il faudra une interopérabilité effective entre banques, services de monnaie électronique et institutions de microfinance. Il faudra aussi des guichets automatiques mieux adaptés au franc congolais, un identifiant financier unique, des bureaux d’information sur le crédit et une vraie éducation financière. Ces chantiers figurent déjà dans la Stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2028.

Le secteur bancaire congolais a gagné en taille, en capacité technique et en crédibilité. Il attire des groupes régionaux, notamment kényans et marocains, tout en conservant un acteur local puissant avec Rawbank. Mais sa contribution à la transformation productive du pays reste encore insuffisante.

La vraie question est là : les banques peuvent-elles devenir un outil de financement pour l’économie congolaise ordinaire, et pas seulement pour les grands projets ? Tant que les bilans progresseront plus vite que le crédit aux PME, à l’agriculture, à l’industrie locale et aux jeunes entrepreneurs, la RDC aura un secteur bancaire plus robuste, mais encore trop éloigné des besoins réels du développement.

— M. KOSI

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