Le Président de la République, Félix Tshisekedi, exige le retrait immédiat des militaires et policiers déployés sans base légale sur les sites miniers de la République démocratique du Congo. L’instruction a été donnée vendredi 10 juillet 2026, lors de la 94ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres organisée à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa.
Le Chef de l’État estime que l’occupation irrégulière des zones d’exploitation par des membres des forces de défense et de sécurité affaiblit la gouvernance du secteur minier. Les militaires et policiers ne pourront désormais intervenir sur ces sites que dans le cadre d’une mission légalement autorisée et clairement délimitée par les autorités compétentes. Cette mesure ne remet donc pas en cause la sécurisation légale des installations, mais vise les déploiements utilisés pour protéger des intérêts privés, contrôler des activités minières ou soutenir des réseaux clandestins.
La Présidence associe ces présences illégales à plusieurs pratiques qui fragilisent l’économie minière congolaise. Des hommes en uniforme sont accusés de participer à des intimidations, des extorsions et des ingérences dans les opérations des titulaires de droits miniers. Leur présence peut également faciliter l’exploitation clandestine, la contrebande et la sortie de minerais en dehors des circuits officiels, avec des conséquences directes sur les recettes publiques et la traçabilité des chaînes d’approvisionnement.
Une pratique déjà signalée dans plusieurs provinces
L’instruction présidentielle répond à une situation qui ne date pas de la réunion du 10 juillet. Dans le Haut-Uélé, une mission mixte des FARDC et de la Police avait déjà été déployée en mai 2025 pour rechercher des militaires et policiers qui refusaient de quitter certains carrés miniers. La société civile du Maniema avait également dénoncé, en 2023, l’installation de militaires sur un site exploité par une coopérative dans le territoire de Punia.
En mars 2026, après un éboulement meurtrier sur le site minier Safi au Lualaba, des voix locales avaient une nouvelle fois dénoncé la présence de militaires accusés d’accompagner des activités d’exploitation illégale. Ces différents cas montrent que l’occupation des sites miniers par des hommes en uniforme ne constitue pas un incident isolé. Elle touche plusieurs provinces et résiste aux rappels successifs adressés aux services de sécurité.
Le problème devient économique lorsque la force publique est utilisée pour modifier l’accès à un site, protéger des exploitants non autorisés, imposer des prélèvements ou empêcher un titulaire légal de jouir de son permis. Il devient aussi commercial lorsque les minerais extraits dans ces conditions rejoignent des circuits officiels ou transfrontaliers sans documentation fiable. Le manuel congolais de traçabilité impose pourtant un suivi des produits miniers depuis l’extraction jusqu’à l’exportation, conformément au Code minier et aux mécanismes de certification applicables.
Quatre autorités attendues sur l’exécution
Pour faire appliquer sa décision, Félix Tshisekedi a chargé le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, le Vice-Premier ministre de la Défense nationale, le Chef d’État-major général des FARDC et le Commissaire général de la Police nationale. Ces quatre autorités doivent identifier les déploiements irréguliers, organiser le retrait des agents concernés et empêcher toute nouvelle ingérence des forces publiques dans les activités d’exploitation.
Le gouvernement devra aussi s’attaquer aux réseaux économiques qui bénéficient de ces protections. Retirer les militaires ou les policiers sans identifier les commanditaires, les négociants, les exploitants clandestins et les circuits de commercialisation risquerait de déplacer le problème plutôt que de le résoudre. La décision présidentielle prévoit donc le démantèlement des réseaux de fraude et d’exploitation illégale protégés par des hommes en uniforme, ainsi que des sanctions contre les agents présents sur les sites en dehors des missions autorisées.
Cette mesure prolonge les instructions déjà données au gouvernement sur la sécurisation et la traçabilité des ressources minières. Son efficacité dépendra désormais des contrôles menés dans les provinces, de la publication des retraits effectués et de l’application réelle des sanctions. Sans suivi vérifiable, les agents concernés pourraient quitter temporairement les sites avant d’y revenir sous une autre couverture administrative.
Pour le secteur minier congolais, la présence d’un uniforme ne peut plus servir de garantie à une activité illégale. La mission des forces de sécurité doit rester la protection des personnes, des biens et des installations dans le respect de la loi. L’exploitation, le commerce et la certification des minerais relèvent des administrations minières, des opérateurs autorisés et des mécanismes prévus par la législation nationale.
— M. KOSI









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