La nouvelle politique congolaise de contrôle des exportations de cobalt se heurte à ses premières difficultés administratives. Plusieurs entreprises minières auraient été empêchées d’enregistrer leurs déclarations d’exportation dans le système douanier entre le 1er et le 5 juillet 2026, alors que cette dernière date constituait la limite fixée pour valider les cargaisons rattachées aux quotas du premier semestre.
Le problème ne serait pas lié à un manquement des producteurs, mais à l’absence d’une notification formelle de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, ARECOMS, autorisant les services douaniers à poursuivre le traitement des volumes concernés. Cette situation a été signalée dans une lettre adressée le 2 juillet par la Chambre des mines à l’ARECOMS, selon Reuters.
Jusqu’à 20 000 tonnes de cobalt pourraient avoir été exposées au risque de perdre leur autorisation d’exportation. Leur valeur atteindrait environ 1,1 milliard USD, sur la base des cours observés au début du mois de juillet. Ce chiffre reste une estimation communiquée par une source du secteur et non un volume officiellement confirmé par l’ARECOMS, la Direction générale des douanes et accises ou le ministère des Mines.
Cette incertitude concerne plusieurs entreprises présentes dans la filière congolaise, parmi lesquelles CMOC, Glencore, Eurasian Resources Group et Huayou Cobalt. Une source proche de CMOC estimait que le groupe chinois risquait de perdre presque tout son quota du deuxième trimestre si aucune solution n’était trouvée rapidement.
Un calendrier strict confronté aux lenteurs administratives
Depuis octobre 2025, la RDC encadre ses exportations de cobalt à travers un système de quotas destiné à réduire l’excès d’offre, soutenir les prix et donner davantage de poids à l’État dans la commercialisation de ce minerai.
Pour 2026, le plafond global a été fixé à 96 600 tonnes de cobalt. Ce volume comprend un quota de base de 87 000 tonnes, réparti entre les producteurs, et un quota stratégique de 9 600 tonnes, placé sous la gestion de l’ARECOMS pour des projets considérés comme prioritaires pour le pays. Le même plafond est prévu pour 2027, avec la possibilité d’ajustements selon l’évolution du marché.
À la fin du mois de juin, l’ARECOMS avait prévenu que les volumes attribués pour les six premiers mois de 2026 et non utilisés dans les délais seraient retirés aux entreprises. Seules les cargaisons déclarées dans le système douanier avant le 5 juillet devaient rester éligibles aux quotas du premier semestre. Les volumes perdus ne pouvaient pas être reportés et devaient être transférés vers le quota stratégique contrôlé par l’État.
La difficulté vient donc du chevauchement entre une règle stricte et un mécanisme administratif qui n’aurait pas été opérationnel au moment attendu. Des responsables du secteur minier estimaient que 60 à 75 % des entreprises risquaient de ne pas respecter l’échéance en raison de ce blocage. Les producteurs ont demandé une intervention de l’ARECOMS ainsi qu’une prolongation du délai, certains estimant qu’un mois supplémentaire permettrait de régulariser les déclarations.
À la date de cette vérification, aucune communication publique retrouvée auprès de l’ARECOMS, de la DGDA ou du ministère des Mines ne permettait de confirmer officiellement la levée du blocage, le nombre de déclarations finalement acceptées ou une éventuelle prolongation de l’échéance. Les volumes réellement immobilisés après le 5 juillet restent également inconnus.
Cette absence d’information entretient l’incertitude pour les producteurs. Une entreprise qui a préparé une cargaison, payé ses frais de transport et mobilisé ses équipes peut perdre son quota si son dossier n’est pas enregistré à temps, même lorsque le retard provient d’un dysfonctionnement extérieur à ses propres services.
La redistribution des quotas reste peu documentée
L’ARECOMS a indiqué que les quotas non utilisés seraient transférés vers la réserve stratégique congolaise. Cette réserve, créée par une décision gouvernementale d’avril 2026, permet à l’État d’acquérir, de conserver et de commercialiser du cobalt ainsi que d’autres substances minérales stratégiques. Sa gestion a été confiée à l’ARECOMS.
Les autorités présentent cet outil comme un moyen d’intervenir sur l’offre mondiale, de soutenir les prix et de financer des projets favorisant la transformation locale. Le système doit aussi permettre à la RDC, qui fournit environ 70 % du cobalt mondial, de peser davantage sur un marché longtemps influencé par les volumes produits dans le pays mais commercialisés et transformés à l’étranger.
Plusieurs questions restent pourtant sans réponse publique. Les critères servant à sélectionner les projets d’intérêt national ne sont pas détaillés. L’identité d’une éventuelle entreprise publique chargée de recevoir, transformer ou commercialiser les volumes récupérés n’est pas clairement précisée. Les données disponibles désignent l’ARECOMS comme gestionnaire de la réserve et du quota stratégique, sans expliquer comment les cargaisons retirées aux producteurs seront physiquement prises en charge.
La répartition exacte des quotas entre les principales entreprises n’a pas non plus été publiée de manière complète. Il reste donc difficile de déterminer les volumes conservés ou perdus par CMOC, Glencore, ERG, Huayou et les autres producteurs après l’échéance du 5 juillet.
Le dossier dépasse une simple difficulté informatique. Il mesure la capacité de la RDC à administrer une politique minière plus interventionniste sans perturber ses propres circuits d’exportation. Le système de quotas a contribué à réduire l’offre et à soutenir les cours du cobalt, dont le prix avait progressé d’environ 160 % depuis février 2025 pour atteindre plus de 57 000 USD la tonne fin juin 2026.
Mais le contrôle des volumes doit s’appuyer sur des procédures prévisibles. Lorsque les plateformes, les notifications ou les autorisations ne fonctionnent pas au même rythme que les échéances réglementaires, les cargaisons s’accumulent, les coûts de stockage augmentent et les recettes fiscales liées aux exportations peuvent être retardées.
La prochaine étape devra donc consister à publier les chiffres définitifs des déclarations reçues, les volumes non exportés, les quotas repris par l’État et les critères retenus pour leur redistribution. La RDC peut légitimement chercher à reprendre le contrôle de son cobalt. Cette politique gagnera en crédibilité si les entreprises peuvent connaître les règles, respecter les délais et obtenir les autorisations sans être pénalisées par les faiblesses de l’administration.
— M. KOSI









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