Le Gouvernement congolais rejette l’idée selon laquelle les exportations d’hydroxydes de cobalt échapperaient au contrôle des substances radioactives. Cette réaction intervient après la publication d’enquêtes et d’études évoquant la présence d’uranium dans certaines cargaisons de cobalt exportées depuis la RDC. Kinshasa soutient que les produits sont soumis à des contrôles avant exportation et annonce un renforcement de la surveillance.
Le débat sur la présence d’uranium dans les exportations congolaises de cobalt prend désormais une dimension institutionnelle. Après les réactions de plusieurs entreprises minières chinoises et la publication d’études scientifiques consacrées aux concentrations résiduelles d’uranium dans les hydroxydes de cobalt, les autorités congolaises ont défendu leur système de contrôle et de certification des produits miniers destinés à l’exportation.
La polémique trouve son origine dans des travaux récents affirmant que des quantités importantes d’uranium naturel auraient pu quitter la République démocratique du Congo entre 2000 et 2024, incorporées dans des produits de cobalt. Ces recherches ne décrivent pas nécessairement des cargaisons d’uranium déclarées comme telles, mais mettent en cause la capacité de la chaîne de contrôle à identifier et documenter certaines substances associées au cobalt avant leur sortie du territoire.
Le Gouvernement affirme pour sa part que les exportations d’hydroxydes de cobalt sont soumises à plusieurs mécanismes de contrôle faisant intervenir les services miniers et les institutions compétentes en matière de certification et de radioprotection. Cette position rejoint le cadre réglementaire renforcé ces derniers mois autour de la commercialisation des produits miniers, de leur nomenclature et de la déclaration des sous-produits présentant un intérêt économique.
Une étude scientifique publiée en 2026 par des chercheurs congolais apporte cependant une nuance importante au débat. Après l’analyse de près de 150 échantillons d’hydroxydes de cobalt provenant de plusieurs entreprises de Kolwezi, les auteurs concluent que l’activité radiologique mesurée reste inférieure au seuil international de référence de 1 Bq/g retenu pour certaines matières contenant naturellement des radionucléides. Ils recommandent néanmoins une surveillance radiologique régulière et documentée.
Le débat porte désormais sur la traçabilité des sous-produits
La question ne se limite donc pas à savoir si le cobalt exporté présente un danger radiologique immédiat. Elle concerne également la capacité de l’État à déterminer avec précision les substances présentes dans les produits miniers, leur concentration et leur éventuelle valeur économique.
Ce point prend davantage d’importance depuis l’adoption du nouvel arrêté interministériel sur la commercialisation et l’exportation des produits miniers marchands. Avant sa signature, le ministère des Mines avait indiqué que les discussions avec la Chambre des mines portaient notamment sur la valorisation des sous-produits miniers d’intérêt économique et sur la modernisation de la nomenclature applicable aux exportations.
La RDC cherche ainsi à mieux connaître ce qui quitte effectivement son territoire avec les principaux minerais exportés. Dans les gisements polymétalliques du Katanga, le cuivre et le cobalt peuvent être associés à d’autres éléments. Une meilleure caractérisation des produits permettrait non seulement de renforcer la radioprotection, mais aussi d’éviter qu’une substance économiquement valorisable échappe à la déclaration et à la fiscalité.
Cette controverse intervient également alors que Kinshasa cherche à renforcer son contrôle sur le cobalt. Après la suspension des exportations en 2025, la RDC a instauré un système de quotas avec un plafond annuel de 96 600 tonnes pour 2026, dont 87 000 tonnes de quota de base et 9 600 tonnes réservées à l’ARECOMS. Le Gouvernement présente cette politique comme un instrument destiné à maîtriser l’offre, améliorer la traçabilité et accroître la valeur tirée de cette ressource stratégique.
La réponse la plus solide à la controverse viendra cependant des données techniques. La publication régulière des résultats des analyses radiologiques, la traçabilité par cargaison et la comparaison des mesures réalisées par les entreprises, le CEEC et les organismes chargés de la radioprotection permettraient de sortir le débat de l’opposition entre accusations et démentis.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la réputation de quelques opérateurs. La RDC doit garantir aux acheteurs internationaux que son cobalt respecte les normes applicables, tout en s’assurant que les substances associées à ce minerai sont correctement identifiées, déclarées et valorisées. C’est sur cette transparence technique que se jouera désormais une partie de la crédibilité de la filière congolaise.
— Peter MOYI









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