L’encours des titres publics congolais aurait dépassé 7 655 milliards de CDF en 2026, soit environ 3,4 milliards USD et plus de six fois son niveau de fin 2023. Cette accélération intervient alors que la RDC vient également de lever 1,25 milliard USD sur le marché international. Plus que le niveau absolu de la dette, la question devient celle de l’utilisation des ressources empruntées et du coût supporté par le Trésor.
La République démocratique du Congo entre progressivement dans une nouvelle configuration de financement de ses finances publiques. Le recours aux Bons et Obligations du Trésor, longtemps relativement limité, a fortement augmenté ces dernières années. Selon les données avancées sur l’évolution récente du marché domestique, l’encours des titres publics dépasserait désormais 7 655 milliards de CDF, évalués à environ 3,4 milliards USD, contre un niveau près de 6,4 fois inférieur à fin 2023.
Cette accélération doit toutefois être distinguée du niveau global de la dette publique congolaise. Un accroissement de l’encours des titres ne signifie pas, à lui seul, que la RDC se trouve en situation de surendettement. Le véritable indicateur de risque réside dans la combinaison du stock de dette, de son coût, de ses échéances, des recettes permettant de la rembourser et surtout de l’utilisation des ressources mobilisées.
Les données de la Banque centrale montrent néanmoins que les titres publics occupent désormais une place importante dans le financement du déficit. Au premier semestre 2026, les recettes de l’État ont atteint 14 945,8 milliards de CDF, contre 17 094,3 milliards de dépenses. Le déficit de trésorerie de 2 148,5 milliards de CDF a été intégralement financé par des émissions de titres publics sur le marché domestique.
C’est ici que le sujet devient sensible. Le recours à l’endettement peut constituer un instrument normal de politique budgétaire lorsqu’il permet de financer des infrastructures ou des investissements susceptibles d’accroître les capacités productives et les recettes futures. Il devient plus difficile à soutenir lorsqu’il sert durablement à combler des déficits récurrents résultant principalement des dépenses courantes.
L’Eurobond de 1,25 milliard USD ajoute une nouvelle contrainte
À cette dette intérieure s’ajoute désormais la première dette obligataire internationale de la RDC. Le 9 avril 2026, Kinshasa a levé 1,25 milliard USD à travers son premier Eurobond, réparti en deux tranches de 600 millions et 650 millions USD. Les rendements annoncés se situent autour de 9 %, ce qui représente un coût financier élevé pour des ressources qui doivent produire suffisamment de valeur économique pour justifier leur financement par emprunt.
Le Gouvernement a annoncé que cet argent serait consacré à des infrastructures, parmi lesquelles la modernisation de l’aéroport international de N’Djili, la centrale hydroélectrique de Katende et la Route nationale n°4. Cette affectation est déterminante puisque la logique financière de l’opération suppose que l’endettement permette d’accroître le capital productif du pays.
L’affirmation selon laquelle la totalité des 1,25 milliard USD serait encore thésaurisée mérite cependant une confirmation documentaire avant d’être retenue comme un fait établi. Les sources publiques consultées permettent de confirmer le montant levé et les projets annoncés, mais pas d’établir avec suffisamment de précision quelle fraction des fonds avait effectivement été décaissée au 8 août 2026.
Si une partie importante des ressources restait effectivement immobilisée plusieurs mois après l’émission, la question serait économiquement pertinente. Le Trésor supporterait le coût de la dette alors que les capitaux ne produiraient pas encore les effets économiques attendus. Sur 1,25 milliard USD, un coût moyen proche de 9 % représente théoriquement plus de 110 millions USD d’intérêts par année pleine, avant prise en compte des modalités précises de chaque tranche.
Le problème ne serait donc pas d’avoir emprunté, mais d’avoir commencé à payer le prix de l’argent avant de pouvoir le transformer rapidement en infrastructures.
La question centrale reste celle de la destination de la dette
Le contraste entre l’accélération des émissions et la situation de trésorerie mérite également d’être surveillé. La BCC prévoyait initialement pour juillet un excédent de trésorerie de 560,3 milliards de CDF, grâce à 3 725,2 milliards de recettes attendues contre 3 164,9 milliards de dépenses. Les chiffres définitifs de juillet sont donc indispensables pour établir correctement le rapprochement entre déficit réalisé et émissions nettes de titres.
Cette distinction est essentielle. Un État peut emprunter davantage que son déficit mensuel parce qu’il refinance des titres arrivant à échéance, constitue un coussin de trésorerie ou préfinance des dépenses futures. Une comparaison directe entre émissions brutes et déficit budgétaire pourrait donc conduire à une mauvaise lecture. Ce sont les émissions nettes, les remboursements, les disponibilités du Trésor et l’affectation des fonds qu’il faut examiner ensemble.
La RDC conserve encore un ratio global d’endettement relativement contenu par rapport à de nombreux États africains. Cela ne rend cependant pas indifférente la vitesse d’accumulation de nouvelles obligations. Une dette faible peut devenir progressivement plus contraignante lorsque son coût augmente rapidement et lorsque les échéances se concentrent.
La question à poser au Gouvernement n’est donc pas simplement de savoir pourquoi la dette augmente. Elle est beaucoup plus précise. Combien des ressources nouvellement empruntées financent effectivement les infrastructures et l’investissement public, combien servent au refinancement de dettes existantes, combien constituent des réserves de trésorerie et combien financent indirectement les dépenses courantes de l’État ?
C’est cette ventilation qui permettra de déterminer si la RDC utilise sa nouvelle capacité d’endettement pour augmenter son potentiel économique ou simplement pour reporter dans le temps le financement de dépenses qu’elle ne parvient pas encore à couvrir par ses recettes.
— M. KOSI









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