Alors que la RDC a levé 1,25 milliard USD sur les marchés internationaux en avril 2026, le ministère des Finances ne fait état que de 137,9 millions USD déjà décaissés au 7 août. Le député national Flory Mapamboli s’interroge sur le coût financier des ressources empruntées mais encore inutilisées, tandis que le Gouvernement affirme que leur placement bancaire génère des revenus destinés à réduire la charge d’intérêts.
La République démocratique du Congo avait mobilisé 1,25 milliard USD le 9 avril 2026 lors de sa première émission obligataire internationale. L’opération comprend une tranche de 600 millions USD arrivant à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 %, et une autre de 650 millions USD échéant en 2037 avec un rendement de 9,50 %. Rawbank, qui a participé à la structuration de l’opération avec Citigroup et Standard Chartered, indique que la demande des investisseurs avait dépassé 5 milliards USD.
Quatre mois plus tard, le rythme d’utilisation de ces ressources ouvre un débat sur la gestion de la trésorerie publique. Dans une prise de position publiée ce week-end, le député national Flory Mapamboli estime que la question ne porte pas sur le principe du recours à la dette, mais sur le moment choisi pour mobiliser l’ensemble du financement. Selon lui, l’État aurait dû rapprocher davantage ses émissions du calendrier réel d’exécution et de décaissement des projets.
137,9 millions USD décaissés sur 1,25 milliard mobilisé
Le ministère des Finances a indiqué le 7 août que 137 894 270,17 USD avaient effectivement été décaissés. Sur ce montant, 89,86 millions USD ont été affectés à la modernisation des aéroports internationaux de N’djili et de Luano, tandis que 48,04 millions USD financent la centrale hydroélectrique de Grand Katende et les infrastructures associées de transport et de distribution d’électricité.
Ces décaissements représentent environ 11 % des 1,25 milliard USD levés, selon un calcul de Lepoint.cd. L’écart ne signifie toutefois pas que le reste de l’Eurobond restera inutilisé. Le ministère annonce plus de 200 millions USD de décaissements supplémentaires pour la Rocade Nord-Est de Kinshasa et la RN4 Kisangani-Beni, puis au moins 300 millions USD supplémentaires avant la fin de l’année pour N’djili et Grand Katende.
En additionnant les 137,9 millions USD déjà décaissés aux montants annoncés, le Gouvernement prévoit donc de porter les paiements à plus de 637,9 millions USD. Ce niveau se rapproche des 650 millions USD que Mapamboli retient comme enveloppe devant être absorbée en 2026. Mais même si ce calendrier est respecté, environ 600 millions USD de la levée initiale resteraient à utiliser après 2026.
C’est précisément sur cette partie que porte la critique du député. Mapamboli estime qu’en mobilisant dès avril des fonds dont une fraction importante ne serait nécessaire que plus tard, l’État supporte un coût financier avant même que les investissements correspondants aient atteint leur rythme de paiement. Il évalue à environ 41 millions USD sur neuf mois le coût brut associé à 600 millions USD non utilisés en 2026. Avec une rémunération des dépôts hypothétiquement fixée à 3,5 %, il estime le coût net autour de 25 millions USD. Ces deux montants constituent des estimations de l’élu et dépendent notamment du coût effectif de chaque tranche, du rendement réel obtenu sur les placements et du calendrier précis des décaissements.
Le rendement des fonds placés devient une donnée centrale
Le ministère des Finances apporte une réponse partielle à cette interrogation. Il précise que les ressources qui n’ont pas encore été décaissées sont conservées dans des comptes bancaires créditeurs générant des revenus, lesquels doivent contribuer à atténuer le coût des intérêts supportés par l’État. Le taux effectivement obtenu sur ces placements n’a pas été indiqué dans le communiqué consulté.
Mapamboli évalue par ailleurs la charge de l’Eurobond à environ 114,2 millions USD par an, soit près de 9,5 millions USD par mois. Cet ordre de grandeur correspond presque exactement à l’application des rendements annoncés lors de l’émission aux deux montants nominaux. Les 600 millions USD à 8,75 % représentent 52,5 millions USD et les 650 millions USD à 9,50 % environ 61,75 millions USD, soit un total théorique de 114,25 millions USD par an avant prise en compte du profil d’amortissement des titres.
Le député soulève également la coexistence entre ces liquidités issues de l’Eurobond et les emprunts que le Trésor continue de réaliser sur le marché intérieur. Ce recours demeure effectivement actif en 2026. Le ministère des Finances a encore annoncé en juillet des adjudications de Bons et d’Obligations du Trésor, tandis que les notes de conjoncture de la Banque centrale font état d’émissions régulières en monnaie nationale et en dollars.
Le débat porte ainsi moins sur le montant de dette pris isolément que sur le coût consolidé de la dette et de la trésorerie. Pour mesurer l’efficacité financière de l’opération, il faudra rapprocher les intérêts payés aux détenteurs de l’Eurobond, les revenus effectivement générés par les fonds temporairement placés et surtout le rythme auquel les projets transforment ces ressources empruntées en infrastructures exécutées. La prochaine publication du ministère sur l’utilisation de l’Eurobond permettra de vérifier si les plus de 500 millions USD de décaissements supplémentaires annoncés pour 2026 sont effectivement réalisés.
— M. KOSI









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