L’inflation cumulée en République démocratique du Congo a atteint 6,034 % au 8 août 2026, selon la Banque centrale du Congo. Dans le même temps, le taux de change officiel reste proche de 2 262 CDF pour un dollar, ce qui invite à regarder au-delà du seul facteur monétaire pour expliquer la progression des prix.
Les prix à la consommation ont progressé de 0,185 % durant la semaine achevée le 8 août, portant leur hausse cumulée depuis le début de l’année à 6,034 %. L’inflation en glissement annuel ressort à 3,222 %, tandis que le rythme annualisé atteint 10,191 %. Ces trois indicateurs mesurent des réalités différentes et ne doivent pas être confondus. Le taux cumulé mesure l’augmentation enregistrée depuis janvier, le glissement annuel compare le niveau actuel à celui d’un an auparavant et l’annualisé projette sur douze mois le rythme récent de progression des prix.
Le franchissement des 6 % intervient après une inflation cumulée de 5,619 % au 25 juillet. Il traduit donc la poursuite d’une hausse graduelle des prix, même si l’inflation observée sur douze mois reste nettement inférieure aux niveaux enregistrés pendant les épisodes de forte dépréciation monétaire des années précédentes.
Dans le même temps, le marché officiel des changes reste relativement stable. La BCC affichait 2 260,87 CDF pour un dollar le 7 août, puis 2 261,82 CDF le 12 août. Sur ces quelques jours, le cours indicatif a donc pratiquement stagné.
Les produits alimentaires restent le premier moteur des prix
Cette coexistence entre hausse des prix et stabilité relative du franc réduit la pertinence d’une lecture qui attribuerait automatiquement l’inflation actuelle à la seule variation du dollar.
La dernière ventilation détaillée publiée par la BCC à fin juillet montre que les produits alimentaires et boissons non alcoolisées représentaient 67 % de la contribution à l’inflation hebdomadaire, contre 73 % une semaine auparavant. Ils constituaient de loin le premier facteur de progression des prix. La catégorie regroupant logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles contribuait à hauteur de 9,4 %, tandis que les restaurants et hôtels représentaient 5,6 %.
La Banque centrale reliait notamment les tensions alimentaires aux difficultés d’approvisionnement des marchés, aux contraintes logistiques, à l’insuffisance de certaines infrastructures de transport et aux effets saisonniers sur l’offre de produits vivriers. Elle signalait également des tensions sur les carburants dans certaines provinces du centre du pays, où les prix pratiqués restaient supérieurs aux tarifs réglementés en raison de problèmes d’approvisionnement.
Ces facteurs permettent de comprendre pourquoi une monnaie relativement stable ne suffit pas à bloquer la hausse des prix. Le taux de change agit fortement sur une économie dépendante des importations, mais le prix final payé par les ménages dépend également du transport, de la disponibilité locale des produits agricoles, de l’énergie, des circuits de distribution et des conditions d’approvisionnement entre provinces.
L’évolution mensuelle confirme cette pression progressive. L’inflation avait atteint 0,96 % en juillet, contre 0,78 % en juin. La hausse reste modérée à l’échelle hebdomadaire, mais son accumulation depuis janvier a désormais porté l’indice au-delà de 6 %.
Le taux annualisé remonte au-dessus de 10 %
Le niveau de 10,191 % en rythme annualisé constitue un autre indicateur à surveiller. Il ne signifie pas que l’inflation annuelle a déjà atteint 10,2 %. Il indique que, si le rythme récent de formation des prix se prolongeait pendant douze mois, la hausse pourrait se rapprocher de ce niveau. À l’inverse, le glissement annuel actuellement observé reste limité à 3,222 %. Cette différence montre pourquoi l’évolution des prochaines semaines sera importante. Si le franc reste stable mais que les produits alimentaires, l’énergie et le transport continuent de renchérir, l’origine de la pression inflationniste devra être recherchée davantage dans les contraintes d’offre et de distribution internes.
Le prochain indicateur utile sera donc la ventilation de l’inflation d’août par fonction de consommation. Elle permettra de vérifier si l’alimentation conserve sa contribution proche des deux tiers de la hausse des prix et si la stabilité du taux de change continue de dissocier l’évolution du franc de celle du coût de la vie.
— M. KOSI









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