L’Entreprise Générale du Cobalt affirme avoir acheminé sa première cargaison d’hydroxyde de cobalt par rail entre Kolwezi et le port angolais de Lobito en cinq jours. Cette performance est inférieure au délai de sept jours actuellement affiché par l’opérateur du corridor et donne un premier repère opérationnel à une chaîne logistique destinée à connecter le cobalt artisanal formalisé de la RDC aux marchés internationaux.
Six mois après l’annonce d’une première livraison de cuivre et de cobalt par le Corridor de Lobito, l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) indique que l’opération s’est concrétisée avec l’expédition d’hydroxyde de cobalt. Selon les données communiquées par l’entreprise, le trajet ferroviaire entre Kolwezi et Lobito a été effectué en cinq jours. En février, EGC et Trafigura avaient annoncé cette première livraison sans en préciser le volume, le calendrier d’exécution ni le temps effectivement réalisé.

Le chiffre de cinq jours mérite l’attention parce qu’il est meilleur que la référence commerciale actuellement affichée par Lobito Atlantic Railway. L’opérateur présente son réseau de 1 739 kilomètres entre Kolwezi et Lobito avec un temps de transit d’environ sept jours et douze trains par semaine, avec un objectif de vingt trains hebdomadaires en 2027. Le tronçon congolais représente environ 450 kilomètres et utilise le réseau de la SNCC jusqu’à la frontière angolaise.
Cette performance n’est pas totalement isolée. Lors du premier test réalisé par Kamoa-Kakula fin 2023, environ 1 100 tonnes de concentré de cuivre avaient rejoint Lobito en huit jours. Ivanhoe Mines indiquait ensuite des temps moyens de six à huit jours entre Kolwezi et Lobito, contre environ 20 à 25 jours par camion vers Durban ou Dar es Salaam. Le passage à cinq jours sur l’opération revendiquée par EGC confirmerait donc une amélioration progressive du fonctionnement du rail.
Cinq jours de trajet ne suffisent pas encore à mesurer le gain économique
EGC compare son résultat à environ 28 jours pour Dar es Salaam et 31 jours pour Durban. Ces chiffres doivent toutefois être lus comme les références logistiques utilisées par l’entreprise pour cette opération, et non comme des durées universelles. Les délais changent selon l’origine exacte du chargement, le passage aux frontières, la congestion, les formalités douanières et la disponibilité des camions ou des trains.
Le signal reste néanmoins important. Un trajet de cinq jours représente une réduction d’environ 82 % par rapport à 28 jours et de 84 % par rapport à 31 jours, selon un calcul de Lepoint.cd. Mais la compétitivité d’un corridor ne se mesure pas uniquement au chronomètre. Il faudra encore connaître le coût réel par tonne, les tarifs ferroviaires, les frais de manutention au port, les délais douaniers et la régularité des rotations avant de déterminer l’économie réalisée par EGC.
C’est précisément le point sur lequel les données publiques restent limitées. Lobito possède un avantage géographique évident pour le Copperbelt congolais, mais Dar es Salaam conserve une masse critique considérable. Le port tanzanien a traité 7,77 millions de tonnes de marchandises destinées à la RDC en 2025-2026, en hausse de 30 % sur un an. Le marché congolais représente désormais 53 % de tout le fret de transit traité à Dar es Salaam.
Le choix de Lobito ne signifie donc pas que la RDC remplace ses routes orientales. Il lui donne une voie supplémentaire vers l’Atlantique et réduit sa dépendance à quelques itinéraires routiers très longs. Pour les producteurs, cette diversification peut aussi renforcer la capacité de négociation avec les transporteurs si plusieurs corridors deviennent réellement compétitifs en prix et en délai.
Le cobalt artisanal obtient aussi son premier test logistique international
L’expédition prend une dimension particulière parce qu’EGC ne traite pas le même segment que les grands producteurs industriels comme CMOC ou Glencore. Filiale de Gécamines, elle détient le mandat étatique d’achat, de traitement et de commercialisation du cobalt provenant de l’exploitation artisanale. L’entreprise indique avoir produit en novembre 2025 ses 1 000 premières tonnes de cobalt artisanal entièrement traçable. À fin avril 2026, elle revendiquait 4 125 tonnes de cobalt produites, dont 2 731 tonnes déjà exportées.
Faire passer de l’hydroxyde de cobalt issu de cette chaîne par Lobito ajoute donc une dimension logistique au test de formalisation. Pour être accepté dans des chaînes d’approvisionnement internationales exigeantes, le minerai artisanal doit pouvoir être identifié, traité, documenté puis transporté sans rupture de traçabilité jusqu’à l’acheteur.
Cette question devient encore plus importante depuis l’accord signé en mai entre EGC, Trafigura et l’américain EVelution Energy. Les trois entreprises préparent un approvisionnement à long terme en hydroxyde de cobalt congolais vers les États-Unis, avec Lobito comme route logistique privilégiée. Le projet pourrait alimenter jusqu’à environ 40 % de la demande américaine projetée en cobalt si les accords définitifs sont conclus et si la future unité de transformation d’EVelution entre en exploitation comme prévu.
La première expédition d’EGC ne démontre donc pas encore que Lobito est systématiquement moins cher que Dar es Salaam ou Durban. Elle apporte en revanche une donnée que le corridor avait besoin de produire. Une cargaison congolaise de cobalt artisanal formalisé peut désormais être acheminée de Kolwezi à l’Atlantique en cinq jours selon EGC. La prochaine information déterminante sera le coût de cette performance et sa reproductibilité sur des volumes beaucoup plus importants.
Peter MOYI









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