Tokyo prépare une réforme qui permettrait à JOGMEC, son puissant organisme public de sécurité des ressources, d’investir directement dans des projets miniers étrangers sans attendre la participation d’une entreprise japonaise. Le dispositif concernerait 20 minerais jugés essentiels. Pour la RDC, déjà liée à JOGMEC par une coopération sur le cobalt, le lithium et le cuivre, cette évolution pourrait ajouter le Japon aux acteurs publics capables de financer directement de nouveaux projets miniers.
Le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a proposé le 20 août d’élargir les pouvoirs de la Japan Organization for Metals and Energy Security, JOGMEC. Aujourd’hui, l’organisme doit généralement investir avec une entreprise japonaise ou prévoir de lui transférer ultérieurement les droits acquis seul. La réforme permettrait à JOGMEC d’entrer directement au capital d’un projet porté par un détenteur étranger lorsque l’attente d’un partenaire japonais risque de retarder son développement.
La mesure n’est pas encore définitivement adoptée. Elle a été soumise à un groupe d’experts du METI et ses modalités doivent encore être précisées. Mais l’objectif est explicite. Tokyo veut réduire le temps nécessaire pour sécuriser des ressources alors que la concurrence internationale s’accélère et que les restrictions chinoises sur certaines terres rares et certains métaux renforcent les risques d’approvisionnement. La réforme couvrirait 20 minerais désignés comme essentiels au titre de la législation japonaise sur la sécurité économique.
Cobalt, lithium et germanium congolais entrent directement dans le radar japonais
Pour la RDC, le lien n’est pas seulement théorique. Les mécanismes actuels de soutien de JOGMEC couvrent notamment le cobalt, le lithium, le germanium, le tantale, le niobium, le tungstène et l’uranium, autant de substances présentes ou recherchées dans le sous-sol congolais. JOGMEC finance déjà l’exploration, les études de faisabilité, le développement minier, le raffinage et certaines technologies liées à ces minerais.
Le Japon possède surtout une relation minière ancienne avec Kinshasa. JOGMEC et le ministère congolais des Mines ont signé un premier protocole en 2012, avant de renforcer leur coopération en août 2023. Cette dernière étape portait notamment sur l’exploration, l’analyse satellitaire et le suivi environnemental, avec une attention explicite au cobalt, au lithium et au cuivre congolais.
Le cuivre mérite toutefois une nuance. Il figure clairement dans les préoccupations stratégiques japonaises et JOGMEC suit activement sa chaîne d’approvisionnement, mais il n’apparaît pas dans la même liste de minerais bénéficiant actuellement du mécanisme spécifique de subventions prévu par la loi japonaise sur la sécurité économique. Tokyo a néanmoins organisé en mars 2026 un dialogue international consacré à la résilience de la chaîne du cuivre, auquel JOGMEC participait.
Après Washington et Bruxelles, un troisième financeur potentiel
Pour Kinshasa, la réforme japonaise intervient au moment où les minerais critiques deviennent de plus en plus financés par des institutions publiques étrangères. Les États-Unis mobilisent la DFC, l’EXIM Bank et d’autres instruments pour soutenir des actifs et corridors. L’Union européenne cherche de son côté à financer ses projets stratégiques et à sécuriser ses approvisionnements.
Le Japon dispose déjà d’une capacité démontrée à investir hors de son territoire. En juillet, JOGMEC a participé à la décision finale d’investissement d’un projet de production de gallium en Australie. En France, Tokyo a engagé environ 100 millions d’euros via JOGMEC dans un projet de raffinage de terres rares lourdes.
La nouvelle réforme pourrait permettre à cet argent public d’arriver plus rapidement sur des actifs étrangers, y compris potentiellement en Afrique. Elle ne signifie cependant pas qu’un investissement japonais est déjà engagé dans une mine congolaise.
Pour la RDC, l’intérêt sera de transformer la coopération technique existante avec Tokyo en concurrence financière réelle entre partenaires. Si JOGMEC obtient cette nouvelle liberté, Kinshasa pourrait disposer d’un interlocuteur supplémentaire pour financer exploration, mines et transformation locale, plutôt que de limiter la compétition pour ses minerais aux capitaux américains, européens et chinois.
M. MASAMUNA









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