L’Inde élargit à son tour sa stratégie d’acquisition de minerais critiques à l’étranger. Coal India prépare son premier bureau international de trading à Singapour et examine des actifs de bauxite au Ghana ainsi que des opportunités dans les terres rares en Afrique. Aucun projet de Coal India n’est encore annoncé en RDC, mais cobalt, cuivre et lithium congolais correspondent directement aux minerais que New Delhi considère comme critiques pour son industrie.
La compétition autour des ressources africaines gagne un nouvel acteur. Coal India, premier producteur mondial de charbon, veut utiliser Singapour comme plateforme pour négocier des minerais et préparer de potentielles acquisitions internationales. Reuters rapporte que le groupe public étudie déjà des actifs de bauxite au Ghana, recherche des opportunités dans les terres rares en Afrique et examine parallèlement le lithium au Chili ainsi que d’autres projets au Canada et en Australie.
Ce mouvement dépasse la diversification d’une entreprise historiquement spécialisée dans le charbon. Il s’inscrit dans la politique de New Delhi visant à réduire la vulnérabilité de son industrie face à la concentration de certaines chaînes d’approvisionnement en Chine. L’Inde a officiellement identifié 30 minerais critiques, parmi lesquels figurent le cobalt, le cuivre, le lithium, le germanium, le nickel, le tantale et les terres rares.
Pour la RDC, cette liste est particulièrement intéressante. Plusieurs de ces matières sont déjà produites dans le pays ou font partie des ressources que Kinshasa cherche à développer. Le rapport indien sur les minerais critiques reconnaît notamment que le pays dépend des importations pour son cobalt et que sa production nationale de concentré de cuivre ne satisfait qu’une faible part des besoins de ses fonderies.
L’Inde possède déjà un premier point d’entrée dans le cuivre-cobalt congolais
Il serait cependant prématuré de présenter Coal India comme un futur investisseur en RDC. Les informations disponibles ne montrent actuellement aucune négociation annoncée entre le groupe et Kinshasa pour acquérir un actif congolais.
L’Inde n’est pourtant plus complètement absente du secteur minier congolais. En avril, Reuters rapportait que l’entreprise indienne Lloyds Metals & Energy s’était associée à l’américain Virtus Minerals autour de Chemaf, producteur de cuivre et cobalt en RDC. Leur structure prévoit de relancer pleinement les opérations de Chemaf en 2027, notamment à Lubumbashi et sur le projet Mutoshi près de Kolwezi.
Cette opération donne une première matérialité à l’intérêt indien pour les métaux congolais, même si elle ne relève pas directement de la nouvelle stratégie de Coal India.
Le véritable changement vient plutôt de la multiplication des candidats capables de financer les minerais africains. Les États-Unis mobilisent leurs institutions financières en RDC. L’Europe cherche à sécuriser ses matières premières stratégiques. Le Japon veut donner davantage de liberté d’investissement à JOGMEC. Les fonds du Golfe prennent déjà des participations dans des groupes possédant des actifs congolais. L’Inde ajoute désormais ses grandes entreprises publiques à cette course internationale.
Pour Kinshasa, cette concurrence peut devenir un levier si elle permet de mettre les investisseurs en compétition sur des critères plus exigeants que le simple accès au gisement. Financement des infrastructures, transformation locale, accès à l’énergie, contrats d’achat et participation congolaise dans la chaîne de valeur seront plus déterminants que le nombre de pays intéressés.
Coal India n’a pas encore choisi la RDC. Mais le rapprochement est évident entre les besoins industriels indiens et les ressources congolaises. La prochaine bataille pour Kinshasa sera donc d’attirer ces nouveaux capitaux avant qu’ils ne soient engagés ailleurs en Afrique.
H. KABAMBA









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