Le cuivre a atteint un record de 6,727 USD la livre sur le Comex le 26 août, soit environ 14 830 USD la tonne, alors que le métal reste proche de ses sommets à Londres. La hausse ne traduit pourtant pas uniquement une pénurie mondiale. L’anticipation de futurs droits de douane américains pousse les négociants à accumuler du cuivre aux États-Unis, réduisant les stocks disponibles ailleurs. Pour la RDC, premier producteur africain, cette fragmentation peut soutenir le prix de référence sans garantir l’accès à la prime américaine.
Le marché mondial du cuivre présente désormais deux réalités. À New York, le contrat de septembre du Comex a progressé jusqu’à 6,727 USD la livre, dépassant son précédent record de 6,714 USD établi le 12 août, selon Shanghai Metals Market. Converti en tonnes métriques, ce niveau correspond à environ 14 830 USD la tonne. À Londres, le cuivre à trois mois a parallèlement atteint 14 437 USD la tonne le 26 août, à proximité du sommet historique de 14 527,50 USD.
Lepoint.cd avait déjà relevé le 26 août le mouvement de raréfaction des stocks disponibles au London Metal Exchange, après des ordres de retrait portant sur 65 400 tonnes. Reuters indiquait alors un prix de 14 343 USD la tonne et seulement environ 90 000 tonnes immédiatement disponibles dans les entrepôts du LME.
Le fait nouveau est désormais le record américain et l’écart qui se creuse entre les deux marchés. Cette différence crée une incitation économique directe à acheminer le métal vers les États-Unis plutôt qu’à le conserver dans les entrepôts asiatiques ou européens.
675 000 tonnes stockées aux États-Unis malgré un surplus mondial attendu
Le paradoxe est que le monde ne manque pas nécessairement de cuivre. CRU anticipait encore un surplus mondial de 639 000 tonnes en 2026. Mais les stocks du Comex avaient grimpé à plus de 675 000 tonnes après 46 séances consécutives de hausse, tandis que les disponibilités se contractaient sur les autres places. Les États-Unis avaient déjà importé près de 885 000 tonnes de cathodes raffinées au premier semestre, plus du double du volume enregistré deux ans auparavant.
Le mécanisme repose sur l’incertitude commerciale américaine. Une proclamation de la Maison-Blanche prévoit que le président puisse décider d’appliquer au cuivre raffiné un droit universel de 15 % à partir du 1er janvier 2027, puis de 30 % en 2028, après examen du marché par le Département du Commerce. À ce stade, ces droits sur le cuivre raffiné ne doivent donc pas être présentés comme définitivement appliqués.
L’anticipation suffit toutefois à modifier les flux physiques. Si un négociant estime qu’une tonne importée aujourd’hui aux États-Unis pourra être valorisée demain dans un marché protégé par un tarif, il a intérêt à la déplacer avant l’entrée en vigueur éventuelle de la taxe. Le résultat est inhabituel. Un marché mondial théoriquement excédentaire peut donner l’apparence d’un marché déficitaire hors des États-Unis simplement parce qu’une part croissante du stock disponible se retrouve immobilisée dans les entrepôts américains.
Reuters rapporte que le directeur général de Glencore, Gary Nagle, considère même que la clarification de la politique américaine pourrait faire retomber les prix, que Washington choisisse finalement un droit de 0 %, 15 % ou 30 %. Une partie de la hausse actuelle provient donc de l’incertitude elle-même.
Pour la RDC, le prix LME compte davantage que le record du Comex
Cette distinction est particulièrement importante pour la République démocratique du Congo. Les statistiques du ministère des Mines font état de 3,485 millions de tonnes de cuivre produites en 2025, ce qui place le pays parmi les principaux fournisseurs mondiaux.
Mais les producteurs congolais ne récupèrent pas automatiquement les quelque 14 830 USD la tonne observés sur le Comex. Une grande partie des contrats internationaux repose sur des références comme le LME, auxquelles s’ajoutent les conditions commerciales propres à chaque produit, les primes, coûts de traitement et frais logistiques.
La RDC peut néanmoins bénéficier indirectement du déplacement des stocks vers les États-Unis. Si le métal devient plus rare à Londres et ailleurs, cette tension soutient le prix de référence utilisé dans les contrats mondiaux. Avec une production annuelle supérieure à 3,4 millions de tonnes, chaque variation de 100 USD par tonne représente théoriquement près de 349 millions USD de valeur brute sur un volume équivalent à la production 2025, selon un calcul de Lepoint.cd. Il ne s’agit pas d’un revenu automatiquement encaissé, puisque les volumes sont vendus à des dates et conditions différentes.
Le risque est symétrique. Si Washington tranche la question tarifaire et que les stocks accumulés aux États-Unis cessent d’aspirer le métal disponible ailleurs, une partie de la prime actuelle peut disparaître sans changement dans la production des mines congolaises.
Pour la RDC, le record du Comex est donc moins important que le mécanisme qui l’a produit. Le prix du cuivre dépend désormais autant de la localisation des stocks et de la politique commerciale américaine que de l’équilibre physique entre mines, fonderies et consommateurs.
Noella NGOLA









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