Electra Battery Materials a finalisé le 26 août un financement de 17,5 millions de dollars canadiens avec Invest Ontario pour poursuivre la construction de sa raffinerie de sulfate de cobalt à Temiskaming Shores. L’installation doit produire initialement 5 120 tonnes de cobalt contenu par an et sera alimentée notamment par Glencore, qui s’est engagé à fournir environ 10 000 tonnes sur cinq ans. L’origine de ces volumes n’est toutefois pas précisée dans le nouvel accord.
Le montant annoncé par Electra est de 17,5 millions CAD et non 17,5 millions USD. Il correspond à un financement déjà annoncé puis formalisé avec Invest Ontario, agence du gouvernement provincial. Les travaux de structure, de bétonnage, d’installation des équipements et de tuyauterie sont en cours. Electra prévoit les premières opérations de mise en service au quatrième trimestre 2026, l’achèvement mécanique au deuxième trimestre 2027 puis une montée en production devant conduire à la production commerciale au quatrième trimestre 2027.
La raffinerie est conçue pour produire initialement 5 120 tonnes par an de cobalt contenu sous forme de sulfate de cobalt de qualité batterie. Son circuit de cristallisation dispose d’une capacité nominale de 6 500 tonnes par an, soit environ 27 % de plus que le niveau de production initial. Electra vise cette capacité supérieure à partir de 2028 après des investissements supplémentaires et des opérations d’optimisation.
Glencore sécurise 10 000 tonnes, mais leur provenance reste ouverte
Six jours avant l’annonce du financement ontarien, Electra avait prolongé jusqu’au 31 décembre 2031 son accord d’approvisionnement en hydroxyde de cobalt avec Glencore. Le contrat prévoit environ 10 000 tonnes de cobalt contenu sur cinq ans, pour une valeur que l’entreprise estime supérieure à 500 millions USD aux prix actuels. Il doit couvrir 100 % des besoins de matière première nécessaires à la mise en service et à la montée en puissance de la raffinerie jusqu’en 2027.
Le communiqué de 2026 parle toutefois des « capacités mondiales d’approvisionnement en cobalt » de Glencore et ne désigne aucune mine ou aucun pays d’origine pour ces 10 000 tonnes. Il serait donc incorrect d’affirmer que ces volumes proviendront de République démocratique du Congo. Electra indique même qu’elle pourra compléter ultérieurement les volumes fournis par Glencore avec d’autres sources d’hydroxyde de cobalt.
La connexion congolaise reste néanmoins économiquement pertinente. Glencore exploite en RDC KCC et Mutanda, deux actifs importants de cobalt. Le groupe a produit 36 100 tonnes de cobalt en 2025 et dispose, pour 2026, d’allocations d’exportation totalisant 22 800 tonnes pour KCC et Mutanda en intégrant le reliquat de 2025.
Surtout, la relation historique entre Electra et Glencore a déjà été explicitement liée au cobalt congolais. Lors d’un accord annoncé en 2020, Electra, alors First Cobalt, indiquait que Glencore devait approvisionner sa raffinerie avec de l’hydroxyde provenant de Kamoto Copper Company, en RDC. Cette indication ancienne ne permet toutefois pas de conclure que l’extension signée en 2026 conserve exactement la même origine.
Le raffinage devient l’autre bataille de la chaîne du cobalt
L’investissement canadien intervient alors que les pays occidentaux cherchent à installer davantage de capacités de transformation hors de Chine. L’Agence internationale de l’énergie observe que la concentration du raffinage des minerais critiques a encore progressé en 2025 et identifie la Chine comme le principal raffineur pour la plupart des minerais énergétiques, dont le cobalt. Les investissements nécessaires hors des pays dominants peuvent afficher des coûts de construction de 20 % à plus de 150 % supérieurs et des coûts opérationnels environ 50 % plus élevés en moyenne.
C’est précisément ce que finance l’Ontario. Le Canada ne cherche pas seulement à sécuriser du minerai, mais à installer sur son territoire le maillon qui convertit l’hydroxyde de cobalt en produit chimique utilisable par les fabricants de batteries.
Pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt minier, cette évolution pose une question industrielle plus large. La provenance du minerai reste essentielle, mais une part supplémentaire de la valeur est créée là où s’installent le raffinage, la chimie de qualité batterie et les contrats avec les fabricants. Electra a déjà engagé environ 60 % de la production prévue de sa raffinerie auprès de LG Energy Solution jusqu’en 2029.
Le prochain élément à surveiller sera donc double. Il faudra déterminer d’où proviendront effectivement les 10 000 tonnes fournies par Glencore et mesurer à quelle vitesse les nouvelles capacités occidentales de raffinage se traduiront en concurrence réelle avec l’Asie. Pour la RDC, cette géographie du raffinage déterminera une partie de la valeur qui restera après l’exportation du cobalt.
M. MASAMUNA









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