Électricité : la RDC vise 900 millions USD pour préparer 650 MW de solaire dans le Kasaï et le Grand Katanga

L’ANSER et le groupe français ITRA ont signé le 1er septembre un protocole d’accord pour identifier, structurer et développer un portefeuille solaire annoncé à 650 MW, avec environ 900 millions USD de financements à mobiliser et près de 5 000 emplois directs potentiels. Les discussions ciblent notamment Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Likasi et Kolwezi.

La Rédaction

L’ANSER et le groupe français ITRA ont signé le 1er septembre un protocole d’accord pour identifier, structurer et développer un portefeuille solaire annoncé à 650 MW, avec environ 900 millions USD de financements à mobiliser et près de 5 000 emplois directs potentiels. Les discussions ciblent notamment Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Likasi et Kolwezi. À ce stade de préparation, l’enjeu financier devient surtout de transformer ces capacités envisagées en projets bancables, avec des sites, des acheteurs d’électricité et un schéma de financement suffisamment solides pour attirer les investisseurs.

L’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain, ANSER, présente l’accord conclu avec ITRA comme un cadre destiné à identifier, préparer et développer des projets énergétiques, avec une enveloppe de l’ordre de 900 millions USD à mobiliser pour 650 MW de capacité installée. L’agence évoque parallèlement environ 5 000 emplois directs susceptibles d’être créés si le portefeuille se concrétise.

Rapportée aux 650 MW annoncés, l’enveloppe représente environ 1,38 million USD par MW, d’après le calcul de notre rédaction. Ce ratio ne constitue toutefois pas encore un coût définitif de construction. Le protocole se situe en amont des investissements et doit encore conduire à la préparation technique et financière des différents projets. L’ANSER parle donc d’un objectif de mobilisation de capitaux, et non d’un financement déjà bouclé.

Les capacités discutées montrent que le portefeuille vise à la fois des marchés urbains et les principaux centres industriels du sud du pays. Bankable rapporte, sur la base des indications d’un représentant d’ITRA, une capacité comprise entre 50 et 100 MW à Mbuji-Mayi, ainsi que 100 MW à Lubumbashi et 100 MW à Likasi. Pour Kolwezi, des capacités de 250 MW et 300 MW ont été évoquées.

Un point devra cependant être clarifié dans la structuration du portefeuille. Additionnées comme des projets distincts, ces capacités locales représenteraient entre 800 et 850 MW, alors que l’ANSER communique officiellement sur un total de 650 MW. Les 650 MW constituent donc, à ce stade, la référence agrégée annoncée par l’agence, tandis que la ventilation par ville doit encore être consolidée avant d’être considérée comme un programme définitif.

Kolwezi donne au projet sa dimension industrielle

Le choix du Grand Katanga est particulièrement significatif. L’électricité y est directement liée à l’expansion de la production de cuivre et de cobalt, au fonctionnement des concentrateurs, des usines hydrométallurgiques et des nouvelles capacités de transformation. CMOC qualifie elle-même l’approvisionnement électrique de contrainte importante pour le développement de l’industrie minière congolaise et construit avec Lualaba Power le projet hydroélectrique N’zilo II de 200 MW, à proximité de Kolwezi, afin de renforcer l’alimentation de ses opérations.

Kamoa-Kakula illustre également l’ampleur de cette demande. Le complexe prévoit une consommation électrique d’environ 271 MW fin 2026, 292 MW fin 2027 et 347 MW en 2028. Malgré les investissements réalisés dans la remise en état d’Inga II et le réseau Inga-Kolwezi, le dispositif énergétique du projet associe toujours courant de la SNEL, importations régionales et production solaire sur site.

Cette comparaison donne une autre dimension aux capacités envisagées autour de Kolwezi. Plusieurs centaines de mégawatts solaires peuvent trouver une demande industrielle importante dans le bassin minier, mais la puissance installée d’une centrale solaire ne correspond pas à une puissance disponible en permanence. La viabilité économique dépendra donc aussi du stockage, des capacités d’évacuation du réseau, de la complémentarité avec l’hydroélectricité et surtout des contrats d’achat conclus avec les consommateurs.

C’est sur ce dernier point que se jouera une grande partie de la bancabilité. Pour mobiliser plusieurs centaines de millions de dollars, les développeurs devront pouvoir démontrer qu’une part suffisante de l’électricité produite sera achetée sur la durée, notamment à travers des contrats avec de grands consommateurs industriels ou des opérateurs de distribution capables de sécuriser les revenus futurs.

De 650 MW annoncés à 650 MW finançables

L’accord avec ITRA s’inscrit dans une stratégie plus large de l’ANSER visant à attirer des capitaux privés vers l’électricité. Lepoint.cd avait déjà documenté plusieurs partenariats développés par l’agence, notamment un contrat de 25 millions d’euros avec Off-Grid Europe pour des mini-réseaux solaires dans six agglomérations et un portefeuille annoncé de plusieurs centaines de millions d’euros autour de projets ruraux et périurbains.

Le changement d’échelle est toutefois considérable. ITRA indique sur ses propres supports être une entreprise française basée à Vergèze, spécialisée dans le photovoltaïque, les installations électriques, le stockage, les bornes de recharge et les pompes à chaleur. Ses références publiques visibles concernent principalement des installations de quelques dizaines ou centaines de kilowatts en France, très éloignées de la taille des centrales aujourd’hui discutées en RDC. (ITRA Group) Le développement d’un portefeuille de plusieurs centaines de mégawatts nécessitera donc nécessairement une structuration financière, technique et industrielle d’une tout autre échelle.

Pour la RDC, l’intérêt du protocole réside précisément dans cette étape. Avec 650 MW annoncés pour environ 900 millions USD, le portefeuille pourrait représenter une contribution substantielle à l’offre électrique du Kasaï et du bassin minier du sud. Sa concrétisation dépendra maintenant de la conversion des intentions en projets suffisamment préparés pour lever les capitaux et vendre durablement l’électricité produite.

Dans le Grand Katanga, où l’expansion minière oblige déjà les opérateurs à financer eux-mêmes centrales, lignes électriques et réhabilitation du réseau, le potentiel commercial existe. Le véritable test sera de savoir quelle partie des 900 millions USD pourra effectivement être mobilisée et sous quelle architecture les grands consommateurs deviendront les acheteurs de cette nouvelle capacité solaire.

M. MASAMUNA

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