Minerais critiques : Bruxelles prépare des objections à l’acquisition des actifs nickel d’Anglo American par MMG

L’Europe s’apprête à contester l’expansion de MMG dans le nickel brésilien alors que le même groupe vient d’investir près de 600 millions USD dans Kinsevere. La rivalité autour des minerais critiques donne une nouvelle dimension stratégique aux actifs africains déjà contrôlés par des groupes chinois.

La Rédaction

La Commission européenne s’apprête à adresser des objections formelles à MMG concernant son projet de rachat des activités nickel d’Anglo American au Brésil, une opération pouvant atteindre 500 millions USD. Au-delà du risque de concentration sur le ferronickel, Reuters rapporte que Bruxelles intègre désormais explicitement la dépendance européenne envers les groupes sous influence chinoise dans son analyse des minerais critiques. Cette évolution concerne indirectement la RDC où MMG, contrôlé à 67,4 % par China Minmetals, vient d’investir environ 600 millions USD pour transformer Kinsevere en plateforme intégrée de cuivre et de cobalt.

Le dossier brésilien porte sur Barro Alto et Codemin, deux opérations de ferronickel qui ont produit ensemble 39 400 tonnes de nickel en 2024, ainsi que sur les projets de développement Jacaré et Morro Sem Boné. L’accord conclu en février 2025 prévoit 350 millions USD payables à la finalisation, auxquels pourraient s’ajouter jusqu’à 150 millions USD liés aux prix du nickel et au développement futur des projets. MMG présente l’acquisition comme son entrée au Brésil et une diversification de son portefeuille vers un métal utilisé à la fois dans l’acier inoxydable et certaines batteries.

Mais cette opération rencontre désormais un obstacle européen. Selon Reuters, la Commission prépare une communication des griefs, qui pourrait être envoyée à MMG durant le mois de septembre si le groupe ne propose pas de mesures jugées suffisantes. Bruxelles s’inquiète notamment d’une réduction de la concurrence sur le marché européen du ferronickel. Cette préoccupation prend une dimension géoéconomique supplémentaire après les restrictions chinoises sur plusieurs minerais et matériaux stratégiques. MMG et la Commission n’ont pas commenté l’information, tandis qu’Anglo American estime que les consommateurs européens disposent d’autres fournisseurs et que l’opération ne menace pas la concurrence.

L’Europe regarde désormais l’actionnariat derrière les tonnes de minerai

Le cas MMG illustre un changement plus large dans la politique européenne des matières premières. L’enjeu ne consiste plus seulement à savoir si du nickel, du cuivre ou du cobalt sera disponible sur le marché, mais aussi qui contrôle les sociétés qui produisent et transforment ces minerais. China Minmetals Corporation détenait 67,43 % de MMG à fin 2025, selon le rapport annuel du groupe. MMG reste coté à Hong Kong et exploite des actifs en Australie, au Pérou, au Botswana et en RDC, mais son principal actionnaire appartient au système industriel chinois.

Cette lecture intervient alors que l’Union européenne cherche précisément à réduire les concentrations excessives dans ses chaînes de minerais critiques. Son Critical Raw Materials Act fixe notamment pour 2030 l’objectif de traiter au moins 40 % de la consommation annuelle européenne de matières stratégiques sur son territoire et limite la dépendance à un seul pays tiers. Pourtant, plusieurs projets européens sélectionnés comme stratégiques rencontrent encore des difficultés de financement et de commercialisation, ce qui rend l’accès aux actifs miniers internationaux particulièrement sensible.

Pour les actifs africains détenus par les mêmes groupes, cette évolution ne signifie pas automatiquement un changement de propriété ou de valorisation. Elle augmente cependant leur importance dans une compétition où l’Europe, les États-Unis et la Chine cherchent simultanément à sécuriser les mêmes matières premières.

Kinsevere devient plus stratégique à mesure que MMG se diversifie

En RDC, MMG exploite Kinsevere, à une trentaine de kilomètres de Lubumbashi. Le groupe y a engagé entre 550 et 600 millions USD dans son projet d’expansion destiné au traitement des minerais sulfurés. L’investissement prolonge la durée de vie de la mine de plus de treize ans et porte son objectif industriel à environ 80 000 tonnes de cathodes de cuivre par an, avec une capacité prévue de 4 000 à 6 000 tonnes de cobalt sous forme d’hydroxyde. Le site combine désormais concentrateur, traitement hydrométallurgique et grillage des minerais sulfurés.

Cette montée en puissance est déjà visible. Kinsevere a produit 33 800 tonnes de cuivre au premier semestre 2026, contre environ 25 400 tonnes un an plus tôt, soit une progression proche de 33 %. MMG vise entre 65 000 et 75 000 tonnes cette année, avant de se rapprocher progressivement de la capacité nominale du projet d’expansion.

Lepoint.cd avait déjà analysé cette expansion sous l’angle de la production et de la contrainte électrique. Le dossier européen ouvre désormais une lecture différente. Kinsevere appartient à un groupe dont l’expansion internationale commence à être examinée non seulement sous l’angle classique de la concurrence, mais aussi sous celui de la sécurité des chaînes d’approvisionnement occidentales.

Pour la RDC, cette rivalité peut accroître la valeur stratégique de ses actifs sans nécessairement augmenter immédiatement leur valeur financière. Plus les régulateurs occidentaux deviennent prudents face aux acquisitions chinoises en Amérique latine, en Europe ou ailleurs, plus les mines déjà contrôlées par ces groupes en Afrique prennent de l’importance dans leur portefeuille mondial. Kinsevere fournit à MMG du cuivre raffiné de qualité LME et une capacité de cobalt au moment où ces deux métaux sont recherchés par plusieurs puissances industrielles.

Le dossier brésilien montre ainsi que la compétition sur les minerais critiques entre désormais directement dans le contrôle des fusions et acquisitions. Pour Kinshasa, le sujet ne consiste pas à choisir entre la Chine et l’Europe, mais à comprendre que la valeur géopolitique de ses mines augmente à mesure que l’accès aux nouveaux actifs devient plus difficile ailleurs. Cette position peut devenir un levier pour négocier davantage d’investissements, de transformation locale et de diversification commerciale autour du cuivre et du cobalt congolais.

M. KOSI

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