Kibali Goldmines a versé 521 millions USD d’impôts et royalties en République démocratique du Congo en 2025, contre 317 millions un an plus tôt. La progression atteint 64,4 %, alors que la production d’or a légèrement reculé. Le nouveau rapport fiscal de Barrick montre ainsi que la hausse des recettes tirées de Kibali provient beaucoup plus de l’environnement de prix et du régime fiscal que d’une augmentation des volumes. La mine est notamment soumise depuis deux ans à l’impôt congolais sur les superprofits, déclenché lorsque le prix de l’or dépasse de 25 % celui retenu dans son étude de faisabilité.
Publié le 9 septembre, le Tax Contribution Report 2025 de Barrick offre l’une des lectures les plus détaillées disponibles sur la contribution fiscale d’une grande mine congolaise. Les 521 millions USD déclarés pour Kibali représentent 204 millions de plus qu’en 2024 et plus du double des 215 millions USD versés en 2023. En deux ans, la contribution fiscale et les royalties ont ainsi progressé d’environ 142 %. Barrick chiffre parallèlement la contribution économique totale de Kibali à 1,1 milliard USD en 2025, contre 793 millions en 2024, soit une hausse proche de 39 %. Ce montant agrège notamment fiscalité, royalties, salaires, dividendes et achats locaux.
L’élément le plus révélateur est que cette envolée fiscale n’a pas été provoquée par une poussée de la production. Kibali a produit 673 000 onces en 2025 sur une base de 100 %, contre environ 686 000 onces en 2024. La quote-part attribuable à Barrick est ainsi passée de 309 000 à 303 000 onces, soit un recul proche de 2 %. Dans le même temps, les ventes correspondant à la participation de 45 % de Barrick dans Kibali sont passées de 741 millions à 1,038 milliard USD, une progression de 40 %.
Le prix de l’or a fait jouer pleinement le régime des superprofits
C’est ici que la mécanique fiscale devient particulièrement intéressante pour les finances publiques congolaises. Le rapport technique de Kibali précise que son étude de faisabilité retient un prix de référence de 1 600 USD l’once. Le mécanisme de superprofits devient applicable lorsque le prix dépasse ce niveau de 25 %, soit 2 000 USD l’once. Au-delà de ce seuil, un taux de 50 % s’applique à l’augmentation du surplus brut d’exploitation attribuable à la hausse du prix de l’or. Cet impôt est ensuite déductible de la base de l’impôt sur les bénéfices. Kibali est par ailleurs soumise à un impôt sur les bénéfices de 30 %.
L’année 2025 a donc créé des conditions particulièrement favorables au déclenchement du mécanisme. À l’échelle du groupe Barrick, le prix réalisé moyen de l’or est passé de 2 397 USD l’once en 2024 à 3 501 USD en 2025, soit une hausse d’environ 46 %. Cette progression explique pourquoi les recettes de Kibali ont pu augmenter fortement malgré une production légèrement inférieure.
Barrick confirme d’ailleurs que Kibali a été soumise à l’impôt sur les superprofits durant les deux dernières années. Le groupe estime toutefois que le dispositif congolais est particulièrement exigeant, en raison du taux de 50 % et surtout d’un déclenchement lié au prix de la matière première plutôt qu’à une mesure classique de rentabilité après récupération intégrale des coûts. L’entreprise indique poursuivre ses discussions avec le Gouvernement sur les conséquences de ce mécanisme pour les investissements à long terme.
Le rapport ne publie pas séparément le montant exact acquitté en 2025 au titre des superprofits. Les 521 millions USD ne peuvent donc pas être assimilés à cet impôt seul. Ils regroupent l’ensemble des contributions fiscales et royalties reportées par Barrick. Le rapport technique publié en février précise également que les royalties et autres charges sur les ventes d’or prises en compte pour Kibali représentent 5,7 % des revenus, frais d’expédition compris, après exemption de la hausse supplémentaire des droits d’exportation introduite par la loi de finances 2025.
1,1 milliard USD injecté dans l’économie congolaise
À la fiscalité s’ajoutent 11 millions USD de dividendes versés à l’État en 2025, contre 19 millions un an plus tôt. La participation publique de 10 % dans Kibali Goldmines est détenue par la SOKIMO, aux côtés de Barrick et AngloGold Ashanti qui possèdent chacun 45 %. Barrick comptabilise également 48 millions USD de taxes collectées pour le compte des salariés et d’autres parties, contre 52 millions en 2024. Selon la méthodologie du rapport, ces prélèvements collectés pour autrui entrent déjà dans la définition des contributions fiscales globales et ne doivent donc pas être simplement additionnés aux 521 millions USD.
L’emploi direct recensé par le rapport passe par ailleurs de 2 144 à 2 305 personnes, soit une hausse de 7,5 %. Barrick évalue à plus de 6,3 milliards USD les investissements et dépenses réalisés dans le pays depuis le développement de Kibali, dont environ 3,1 milliards versés aux entrepreneurs et partenaires locaux. En 2025, 10,8 millions USD supplémentaires ont été consacrés aux infrastructures communautaires et au soutien local.
Le nouveau rapport permet surtout de mieux mesurer le partage de la rente lorsque les cours deviennent exceptionnellement élevés. La production de Kibali a diminué d’environ 2 %, mais ses impôts et royalties ont progressé de 64 %. C’est précisément la fonction économique du dispositif de superprofits introduit par le Code minier révisé de 2018. Lorsque la valeur du métal augmente fortement sans nécessiter une hausse équivalente des volumes extraits, une partie supplémentaire de la rente revient au Trésor.
Pour la RDC, Kibali devient ainsi un cas d’étude particulièrement utile. Le véritable indicateur n’est plus seulement le nombre d’onces produites, mais la part de la valeur créée par ces onces qui revient effectivement à l’État, aux travailleurs et aux entreprises locales. En 2025, la hausse exceptionnelle du prix de l’or a montré que le régime fiscal congolais pouvait fortement augmenter cette captation lorsque les conditions du marché deviennent favorables.
M. MASAMUNA









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