L’or est remonté à 4 414,30 USD l’once mercredi 9 septembre, tandis que le pétrole au-dessus de 100 USD ravive les inquiétudes inflationnistes et complique les anticipations de taux aux États-Unis. Pour la RDC, l’effet dépasse largement les marchés financiers. À Kibali, la production a reculé de 3 % au premier semestre 2026, mais les revenus correspondant à la participation de 45 % de Barrick ont progressé de 418 à 656 millions USD. Le cours de l’or est désormais suffisamment élevé pour modifier profondément les marges de la mine et, avec elles, les recettes fiscales et minières susceptibles de revenir à l’État.
L’or au comptant a gagné 1,4 % mercredi pour atteindre 4 414,30 USD l’once, tandis que les contrats américains pour livraison en décembre ont clôturé à 4 458,80 USD. L’argent a progressé de 3,3 % à 67,91 USD et le platine de 5,1 % à 1 906,20 USD. La hausse intervient dans un environnement inhabituel pour le métal jaune. Le dollar s’est affaibli, ce qui soutient traditionnellement l’or, mais le Brent a parallèlement dépassé 100 USD le baril et fait remonter les rendements obligataires à travers les anticipations d’inflation. Les marchés attribuent désormais environ 60 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed lors de sa prochaine réunion, même si une majorité d’économistes interrogés par Reuters anticipent encore un statu quo.
À Kibali, 10 000 onces de moins mais 238 millions USD de revenus supplémentaires
Les comptes de Kibali permettent de mesurer beaucoup plus concrètement l’effet du prix. Au premier semestre 2026, la mine a produit 297 000 onces d’or sur une base de 100 %, contre 307 000 onces un an auparavant. La production a donc diminué d’environ 3,3 %. Pourtant, sur la participation de 45 % détenue par Barrick, les ventes sont passées de 136 000 à 140 000 onces et les revenus correspondants ont bondi de 418 à 656 millions USD, soit près de 57 % de hausse. Le chiffre d’affaires par once vendue ressort ainsi autour de 4 686 USD au premier semestre 2026, contre environ 3 074 USD sur la même période de 2025, d’après les calculs de notre rédaction.
La hausse du cours a largement absorbé l’augmentation des coûts. Sur les six premiers mois, le coût total cash de Kibali est passé de 1 152 à 1 399 USD l’once et l’AISC, qui intègre notamment les investissements nécessaires au maintien de la production, de 1 348 à 1 659 USD. Malgré cette inflation opérationnelle, l’écart entre le revenu moyen par once vendue et l’AISC est passé d’environ 1 726 à 3 027 USD par once. Appliqué aux ventes attribuables à Barrick, cet indicateur de marge avant certains éléments comptables et fiscaux représente environ 424 millions USD au premier semestre, contre 235 millions un an plus tôt. Il ne s’agit pas du bénéfice net de Kibali, mais il permet de mesurer la vitesse à laquelle un cours de l’or plus élevé transforme l’économie de la mine.
Le cours actuel de 4 414 USD n’est d’ailleurs pas très éloigné des prix déjà matérialisés récemment par Kibali. Au deuxième trimestre, la part de Barrick a enregistré 314 millions USD de revenus sur 71 000 onces vendues, soit environ 4 423 USD par once. Autrement dit, un marché durablement situé au-dessus de 4 400 USD prolongerait un environnement de prix dont les effets apparaissent déjà dans les résultats opérationnels de la mine. Barrick prévoit pour 2026 une production attribuable de 270 000 à 310 000 onces, ce qui correspond à environ 600 000 à 689 000 onces sur une base de 100 %.
Chaque hausse de 1 000 USD peut ajouter plus de 20 millions USD de redevance
La question pour la RDC est ensuite celle du partage de cette valeur. Le Code minier fixe la redevance applicable aux métaux précieux à 3,5 % de la valeur commerciale brute. Sur une production annuelle comprise entre 600 000 et 689 000 onces, chaque augmentation durable de 100 USD par once représente théoriquement 60 à 68,9 millions USD de valeur brute supplémentaire et environ 2,1 à 2,4 millions USD de redevance additionnelle, toutes choses restant égales. Avec 1 000 USD supplémentaires par once, l’ordre de grandeur passe à 21 à 24 millions USD de redevance minière supplémentaire. La redevance est aujourd’hui répartie entre le pouvoir central, la province, l’entité territoriale décentralisée, le Fonds minier pour les générations futures et le fonds d’indemnisation des victimes selon les mécanismes prévus par les textes en vigueur.
Ce prélèvement n’est qu’un des canaux par lesquels la hausse de l’or peut atteindre les finances publiques. Le régime minier prévoit également un impôt de 30 % sur les bénéfices et profits, ainsi qu’un impôt spécial de 50 % sur les profits excédentaires lorsque les conditions prévues à l’article 251 bis sont réunies. L’État possède en outre indirectement 10 % de Kibali à travers SOKIMO, aux côtés de Barrick et AngloGold Ashanti qui détiennent chacun 45 %, ce qui ajoute la possibilité de dividendes aux recettes fiscales et parafiscales.
L’ampleur économique de Kibali est déjà considérable. Barrick estime qu’en 2025 la mine a généré 1,1 milliard USD de valeur économique en RDC, en additionnant taxes, redevances, dividendes, salaires et achats locaux. Avec un or qui évolue désormais au-dessus de 4 400 USD, la prochaine question n’est donc plus simplement de savoir si Kibali gagne davantage. Elle consiste à suivre, dans les comptes de la mine et les statistiques publiques, combien de cette hausse se transforme effectivement en redevances, impôts, dividendes et dépenses locales en RDC.
J. KAKESA









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