La dette publique de la RDC s’établissait à 18,552 milliards USD au 30 juin 2026, contre 15,012 milliards six mois plus tôt. L’encours a ainsi progressé de 23,6 % après la première émission d’Eurobond et d’autres mouvements du portefeuille. Malgré cette hausse, la Direction générale de la dette publique maintient la RDC dans la catégorie des pays à risque modéré de surendettement. Le point de vigilance se déplace toutefois vers le coût du service, particulièrement à partir de 2030, lorsque commenceront les remboursements en capital de la première tranche de l’Eurobond.
Dans un communiqué daté du 9 septembre, la Direction générale de la dette publique, DGDP, chiffre à 18,552 milliards USD l’encours total à fin juin, composé de 11,464 milliards de dette extérieure, soit 62 %, et de 7,088 milliards de dette intérieure, soit 38 %. Par rapport à décembre 2025, la dette extérieure augmente d’environ 17,8 %, tandis que la dette intérieure progresse de 34,2 %, d’après les calculs de notre rédaction. Sur les 7,088 milliards USD de dette intérieure, 3,184 milliards correspondent aux titres publics domestiques et 3,904 milliards aux arriérés budgétaires. Ces derniers représentent donc un peu plus de 55 % de l’encours intérieur, ce qui montre que le risque budgétaire congolais ne se résume pas à l’endettement contracté auprès des investisseurs.
La progression du portefeuille intervient après la première émission internationale réalisée le 9 avril. La RDC avait levé 1,25 milliard USD, répartis entre 600 millions USD arrivant à échéance en 2032 avec un rendement de 8,75 % et 650 millions USD à échéance 2037 avec un rendement de 9,50 %. Les ordres avaient dépassé respectivement 2 milliards et 2,8 milliards USD. Le bond de 3,54 milliards USD observé entre décembre et juin ne peut toutefois pas être attribué au seul Eurobond, la DGDP précisant qu’il résulte également d’autres mouvements du portefeuille.
68,61 % des financements restent concessionnels
La structure de la dette conserve un élément protecteur important. Après exclusion des arriérés techniques et budgétaires, la DGDP évalue les instruments de financement à 14,585 milliards USD, dont 68,61 % sont constitués de financements concessionnels ou assimilés, principalement multilatéraux et bilatéraux. Cela représente environ 10 milliards USD. Les financements non concessionnels pèsent 31,39 %, répartis entre titres publics domestiques pour 21,83 %, Eurobond pour 8,57 % et créances commerciales extérieures pour 0,99 %.
Cette composition explique en partie pourquoi les indicateurs de solvabilité restent éloignés des seuils du cadre LIC-DSF. La valeur actuelle de la dette extérieure représente 10 % du PIB, pour un seuil prudentiel de 30 %, tandis que celle de la dette publique totale atteint 10,5 % du PIB, contre un seuil de 35 %. La dette extérieure rapportée aux exportations ressort à 27 %, très loin du seuil de 140 %. Le ratio du service extérieur sur les exportations évolue entre 2,1 % et 2,4 %, pour un seuil de 10 %. Le pic du service extérieur rapporté aux recettes atteint pour sa part 7,2 %, contre une référence prudentielle de 14 %.
Cette appréciation est cohérente avec la dernière analyse disponible du FMI et de la Banque mondiale, qui classe la RDC à un risque modéré de surendettement extérieur et global. Le point faible identifié reste la capacité de mobilisation des recettes publiques, qui limite la marge budgétaire malgré un niveau d’endettement relativement faible. En juin, le FMI jugeait encore les perspectives de dette publique stables, tout en appelant à une discipline budgétaire soutenue et à une utilisation transparente et efficace des ressources, y compris celles de l’Eurobond.
Le véritable test commencera avec les remboursements en capital
Pour 2026, le service total de la dette est projeté à 840,09 millions USD, dont 438,99 millions pour la dette extérieure, Eurobond compris, et 401,10 millions pour la dette intérieure. En 2027, il devrait rester presque stable à 836,27 millions USD, avec 501,27 millions à l’extérieur et 335 millions à l’intérieur. Rapporté aux recettes, le service atteindrait 7,6 % en 2026 puis 7,2 % en 2027, toujours en dessous du seuil de 14 % retenu par la DGDP.
La trajectoire devient toutefois plus lourde à partir de la fin de la décennie. Le service extérieur passerait de 438,99 millions USD en 2026 à 624,01 millions en 2029, puis 826,79 millions en 2030, soit une augmentation de plus de 88 % par rapport à 2026. Il resterait élevé en 2031 à 808,10 millions avant de redescendre à 674,04 millions en 2032. La DGDP explique cette séquence par les premières échéances d’amortissement de la tranche 2032 de l’Eurobond, réparties entre 2030 et 2032. Une nouvelle remontée apparaît ensuite en 2035, à 640,60 millions USD, au début de la période de remboursement de la tranche arrivant à échéance en 2037.
Ces chiffres montrent que le débat sur la dette congolaise doit désormais distinguer niveau d’endettement, composition du portefeuille et capacité future de remboursement. Avec moins de 20 % du PIB en dette nominale et près de 69 % de financements concessionnels parmi les instruments considérés, la RDC conserve une position relativement contenue. Mais le passage aux marchés internationaux introduit des échéances commerciales beaucoup plus visibles. La DGDP elle-même lie la soutenabilité future à trois conditions, une meilleure mobilisation des recettes, l’affectation des emprunts aux projets productifs et une gestion prudente des nouvelles émissions non concessionnelles.
La première émission d’Eurobond n’a donc pas fait basculer la RDC dans une zone de surendettement. Elle modifie en revanche progressivement son profil financier. À partir de 2030, le Trésor devra commencer à démontrer que les investissements financés aujourd’hui ont suffisamment renforcé l’économie et les recettes publiques pour absorber une facture extérieure annuelle pouvant dépasser 800 millions USD.
M. KOSI









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