Dans son premier rapport ESG, Rawbank chiffre pour la première fois la part de ses prêts placés dans des secteurs à risque environnemental et social élevé. Elle atteint 57 % en 2025, contre 40 % en 2023. Dans le même temps, le ratio de liquidité de la banque a presque doublé, à 201,7 %.
Rawbank a publié son rapport ESG 2025, un document de 76 pages construit sur les référentiels GRI, SASB, IFRS S1 et S2 et sur les normes de performance de la SFI. Ses priorités ont été fixées après une consultation de 347 parties prenantes. Trois exercices sont couverts, de 2023 à 2025, ce qui permet de lire des trajectoires.
Un portefeuille de plus en plus tourné vers les secteurs lourds
La donnée la plus structurante concerne le crédit. La part des prêts accordés à des secteurs que la banque classe à risque ESG élevé est passée de 40 % en 2023 à 52 % en 2024, puis à 57 % en 2025. C’est 17 points de plus en deux ans, d’après un calcul de Lepoint.cd.
Pour un lecteur non spécialiste, un secteur à risque ESG élevé est une activité dont l’impact sur l’environnement, les communautés ou la gouvernance peut exposer le prêteur à des pertes, à des litiges ou à une dégradation de son image. Dans une économie portée par les mines et l’énergie, ce poids traduit la structure du marché congolais. Il dit aussi à quel point le sort de la banque est lié à ces filières.
Rawbank cite parmi ses financements le projet Kamoa-Kakula, dont un volet de 178 MW d’hydroélectricité, qu’elle présente comme une contribution à la résilience énergétique du pays.
Une liquidité nettement renforcée
Le ratio de liquidité à court terme (LCR, Bâle III) mesure la capacité d’une banque à faire face à un retrait massif de dépôts pendant 30 jours. Chez Rawbank, il est passé de 106,1 % en 2023 à 148,8 % en 2024, puis à 201,7 % en 2025. Le minimum réglementaire est de 100 %. La banque dispose donc de deux fois les actifs liquides nécessaires pour tenir ce scénario de stress.
Les PME, un segment qui s’élargit et se stabilise
La part des PME dans le portefeuille de crédit atteint 13 % en 2025, contre 10 % en 2023. Le taux de défaut sur ce segment a reculé de 9,4 % en 2024 à 6,6 % en 2025, après 8 % en 2023. Le taux de défaut global de la banque s’établit à 2,95 %, soit un niveau 2,2 fois inférieur à celui des PME, d’après un calcul de Lepoint.cd.
Pour une PME congolaise, deux lectures se dégagent. L’accès au crédit progresse, appuyé par des partenariats avec la SFI et la BAD cités dans le rapport, ainsi que par le programme « 20 000 PME » consacré à la formalisation du secteur informel. Le risque perçu reste cependant plus élevé que sur le reste du portefeuille, ce qui influence les conditions de prêt.
Des chantiers concrets sur le terrain
Le programme d’accès à l’eau fixait un objectif de 100 forages à l’horizon 2025. À fin décembre 2025, 64 sont finalisés, 24 en cours et 10 en étude. Le taux de réalisation est de 64 %, d’après un calcul de Lepoint.cd. Sur le plan climatique, les émissions directes de la banque (scope 1, principalement la combustion de diesel) sont passées de 6 420,6 à 5 328,6 tonnes de CO2 équivalent entre 2024 et 2025, soit environ 17 % de moins. La banque met en avant l’installation de panneaux solaires sur certaines agences. Elle s’est aussi associée à Mastercard et Doconomy pour déployer un calculateur d’empreinte carbone auprès de ses clients, et à Vitol, via le Climate Finance Desk, pour un projet de foyers améliorés de 2 millions de dollars.
Ce que ça change pour les entreprises et les investisseurs
Pour les groupes miniers, énergétiques et industriels qui empruntent à Rawbank, le message est clair. Les critères environnementaux et sociaux sont intégrés à l’analyse des dossiers, avec un système interne de gestion environnementale et sociale. Pour les bailleurs et actionnaires internationaux, ce rapport fournit une base de comparaison chiffrée avec les autres banques de la place, à mesure que celles-ci publieront leurs propres données.
Indicateur à suivre : l’évolution de la part de crédit exposée aux secteurs à risque ESG élevé, aujourd’hui à 57 %, dans le prochain rapport.
Par la rédaction de Lepoint.cd









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.