Rawbank domine le marché bancaire congolais par la taille de son bilan et de son réseau, Equity BCDC par le nombre de ses clients. La qualité du service progresse moins vite que les bilans, entre frais contestés, plaintes mal traitées et 88 % des dépôts concentrés dans deux provinces.

Rawbank domine le marché bancaire congolais par la taille de son bilan et de son réseau, Equity BCDC par le nombre de ses clients. La qualité du service progresse moins vite que les bilans, entre frais contestés, plaintes mal traitées et 88 % des dépôts concentrés dans deux provinces.
Quatorze banques sont en activité en République démocratique du Congo (RDC), avec 445 points de service, soit 371 agences et 74 guichets avancés, selon une note de conjoncture de la Banque centrale du Congo (BCC). Fin décembre 2025, les dépôts bancaires atteignaient 16,24 milliards de dollars, dont 65,2 % à Kinshasa. Le Haut-Katanga en détenait 22,9 %. Les deux provinces réunissent donc 88,1 % des dépôts du pays, d’après un calcul de Lepoint.cd à partir de ces données.
Cette carte en dit plus long sur la qualité du service bancaire que n’importe quelle campagne publicitaire. Hors de Kinshasa et de l’espace katangais, le client choisit rarement sa banque. Il prend celle qui a ouvert un guichet dans sa ville. Le gouverneur de la BCC, André Wameso, estimait en mai 2026 le taux d’inclusion financière à environ 58 %, mais le taux de bancarisation entre 25 et 30 %. L’écart correspond aux Congolais servis par le mobile money plutôt que par une banque. Le marché reste aussi très resserré. Dans un rapport publié fin juillet 2025, la Banque mondiale évaluait à environ deux tiers la part des actifs et des crédits détenue par les trois premières banques, et à plus de la moitié leur part des dépôts.
Rawbank reste la première banque du pays, avec un total de bilan de 6,82 milliards de dollars en 2025 et un bénéfice net de 232 millions. Elle revendique plus de 100 agences dans 19 provinces, plus de 320 distributeurs automatiques et plus de 500 000 clients. Ses dépôts atteignaient 4,8 milliards de dollars fin 2025, pour un encours de crédits de 2,29 milliards. Selon un calcul de Lepoint.cd, la banque collecte ainsi près de 30 % des dépôts du système, mais n’en prête que moins de la moitié. Le dépôt moyen par client avoisine 10 000 dollars, un niveau cohérent avec son cœur historique de grands clients miniers et d’entreprises. Son application Illicocash, qui associe compte bancaire et mobile money, a enregistré 1,5 million de visites mensuelles en 2024, selon la banque.
Equity BCDC suit une autre logique. La filiale du groupe kényan Equity revendiquait plus de 1,8 million de clients fin octobre 2024 et vise 30 millions de personnes en RDC d’ici 2030, soit environ trois fois la clientèle annoncée par Rawbank. Son modèle repose sur les agents bancaires, des commerçants agréés qui effectuent dépôts et retraits hors des agences. La banque en comptait déjà plus de 7 400 en 2022. Ses actifs ont progressé de 45 % sur un an au premier semestre 2026, à 852,4 milliards de shillings kényans, soit environ 6,6 milliards de dollars au taux implicite retenu par Bankable, ce qui la rapproche du leader.
Troisième acteur, la Trust Merchant Bank (TMB), désormais contrôlée par le groupe kényan KCB, affirmait dans son rapport annuel 2022 gérer un compte bancaire sur cinq en RDC, avec 108 agences et guichets et 2 938 agents Pepele Mobile.
Les mesures de satisfaction disponibles proviennent d’enquêtes universitaires menées en province. À Goma, une étude conduite d’août à octobre 2025 auprès de 412 clients des sept banques présentes dans la ville ne trouve que 37,6 % d’usagers satisfaits de la réponse de leur banque. Près de trois sur quatre (73,3 %) jugent la résolution des réclamations trop lente et 59 % déclarent une perte due à une erreur de facturation. Cinq des sept responsables bancaires interrogés reconnaissent l’absence de structure dédiée aux plaintes. Le contexte sécuritaire pèse sur ces chiffres, la ville étant passée sous le contrôle du groupe armé M23, mais les auteurs relèvent aussi que les décisions remontent au siège, à Kinshasa. À Mbuji-Mayi, une enquête menée en mars et avril 2025 auprès de 649 clients de cinq banques montre que la fiabilité, c’est-à-dire le respect des engagements, pèse le plus sur la satisfaction, devant la réactivité du personnel.
Les frais nourrissent l’autre grief. L’instruction n°37 de la BCC, datée du 3 janvier 2019 et applicable depuis le 3 juillet 2019, rend gratuits quinze services bancaires, sans condition. Ils couvrent l’ouverture et le suivi du compte, les moyens de paiement et la banque à distance, dont la consultation du solde au distributeur de sa propre banque. En juillet 2025, le député Flory Mapamboli a demandé à la BCC pourquoi les banques ne l’appliquaient pas et quelles sanctions avaient été prises. Le même mois, le ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a réuni les régulateurs et les associations de consommateurs après une hausse des plaintes, en visant des frais jugés peu transparents et excessifs sur les relevés de compte ou les virements interbancaires.
Le 13 août 2026, André Wameso a annoncé que la BCC prépare un système de comparaison des frais entre banques, tout en rappelant que les établissements fixent librement leurs tarifs. « C’est la concurrence qui est l’outil le plus efficace », a-t-il déclaré. Il a aussi indiqué que toutes les banques commerciales avaient reçu des remarques sur la faiblesse de leur dispositif de conformité. En attendant cet outil, un client peut déjà rapprocher la grille tarifaire de sa banque de la liste de l’instruction n°37 pour repérer les services qui lui sont facturés à tort.
L’échéance d’avril 2027 posera la question à grande échelle. À partir de cette date, selon la BCC, un achat devra être payé par carte ou en francs congolais après conversion des dollars. Fin septembre 2026, 87,6 % des dépôts bancaires étaient encore libellés en devises. Une large part des paiements du quotidien passera alors par les cartes, les applications et les guichets des banques, et chaque panne ou erreur de facturation touchera directement le portefeuille des ménages.
Peter MOYI





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